Cinquantenaire : après trois feux d'artifice, nous attendons toujours le bilan promis pour les martinets
Signé par Natagora et son GT Martinets, et la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux
Le Cinquantenaire abrite l'une des deux plus grandes colonies de Martinets noirs de Belgique, une espèce strictement protégée dont les effectifs ont drastiquement diminué en Région bruxelloise depuis les années 90. Entre le 6 juin et le 21 juillet, trois événements avec effets pyrotechniques et son amplifié s'y sont tenus, en pleine période d'élevage des jeunes.
Grâce à la mobilisation de milliers d'entre vous, les dispositifs les plus dangereux pour la colonie ont finalement été écartés le 21 juillet. Trois mois plus tard, nous ne savons toujours pas ce que ces trois soirées ont coûté aux martinets, et nous n'avons reçu aucun des documents de suivi qui devaient permettre de l'établir.
Ce qui a été obtenu
Depuis le mois d'avril, nous avons écrit aux trois autorités concernées, introduit des demandes formelles d'accès aux documents administratifs, fait porter le dossier au Parlement bruxellois et alerté publiquement à deux reprises. Ces démarches ont eu leur utilité, puisque la colonie a fini par figurer explicitement dans les dossiers d'autorisation, mais aucune n'a débouché sur une décision de protection.
Ce sont finalement les courriers des citoyens qui ont fait bouger les choses. Plus de 300 personnes ont interpellé directement les pouvoirs publics, et la pétition portée par l’organisation Connaissance & Protection de la Nature du Brabant adressée à la secrétaire d'État Ans Persoons en amont de la fête nationale a dépassé les 15 000 signataires. Beaucoup d'entre vous ignoraient encore l'existence de cette colonie il y a quelques mois et ont pris le temps d'écrire. Nous vous en remercions car, sans cette pression collective, aucune des adaptations obtenues n'aurait vu le jour.
Ces adaptations, arrachées pour la plupart dans les derniers jours, sont concrètes. Les lance-flammes ont été retirés du péristyle où se trouvent les nids, les dispositifs ont été reculés par rapport aux façades, la hauteur des flammes a été limitée et les tirs ont été réorientés à distance de l'hémicycle. Il s'agit précisément des mesures que nous réclamions depuis avril. Aucune n'a toutefois été imposée par une décision formelle, ce qui signifie qu'elles devront être renégociées événement par événement, sans aucune garantie pour l'an prochain.
Ce que nous ignorons toujours
Nous connaissons les dispositifs qui ont été écartés, mais nous ignorons ce que la colonie a réellement subi au cours de ces trois soirées. Nous ne savons ni combien de jeunes sont morts au nid, ni combien d'adultes ont interrompu le nourrissage pendant les tirs, ni combien de couples reviendront au printemps prochain.
Si nos bénévoles ont observé régulièrement la situation, établir un bilan fiable suppose du matériel spécialisé, un accès régulier au site pendant la saison de nidification et un suivi mené sur plusieurs saisons. La difficulté tient aussi à la biologie de l'espèce. Le Martinet noir reste normalement fidèle toute sa vie à la même cavité de nidification, si bien que l'effet d'un dérangement ne se mesure généralement qu'au retour de migration, l'année suivante, lorsque des cavités restent vides. Suite au 21 juillet 2022 déjà, les trois nids installés dans les arcades avaient définitivement disparu après des tirs de fusées basses.
Cette évaluation ne relève pas d'une demande de notre part. Elle figure dans au moins une des autorisations délivrées, sous la forme d'un suivi ornithologique et d'un retour d'expérience à réaliser après l'événement. Nous en avons sollicité la communication à plusieurs reprises sans jamais recevoir ni l'un ni l'autre, alors que c'est précisément sur ce suivi que reposait l'équilibre de l'autorisation.
Préparer 2027, dès maintenant
Grâce à nos démarches, mais aussi grâce à votre mobilisation massive, nous rencontrerons Bruxelles Environnement début décembre pour discuter de ces suivis. Nous voulons obtenir l'évaluation prévue par les autorisations elles-mêmes, cartographier précisément les nids, et fixer dès maintenant le cadre applicable aux événements de l'an prochain. Nous demandons un véritable suivi scientifique pluriannuel, correctement financé, comme nous le demandions déjà en juillet.
See you end of April
Les martinets ont quitté Bruxelles au mois d'août. Ils sont aujourd'hui quelque part au-dessus de l'Afrique subsaharienne, et ils reviendront fin avril, début mai, vers les mêmes cavités du Cinquantenaire.
Ce printemps-là sera notre vraie réponse : nous saurons ce que ces trois soirées ont coûté au moment où nous compterons les oiseaux qui rentrent. Les bénévoles seront là, comme ils l'ont été tout l'été, à observer les hémicycles depuis le sol. Ce qu'ils ne peuvent pas fournir seuls, ce sont les échafaudages pour déterminer le nombre exact de nids au-dessus des mosaïques et la présence éventuelle de cadavres, l'accès régulier au site et le temps long d'un suivi scientifique. Cela, c'est à la Région de le mettre sur la table.