La FWA, syndicat agricole ou lobby des pesticides ?
Cette carte blanche a été publiée dans Le Soir le 20 octobre et est cosignée par notre Responsable Politique Agriculture Gaëtan Seny, David Olivier, pour Canopea ; et Virginie Pissoort, pour Nature & Progrès.
Début octobre, la Fédération wallonne de l’agriculture (FWA) s’est adressée aux communes par courrier pour leur demander de s’opposer au projet de Programme Wallon de Réduction des Pesticides 2028-2032 (PWRP 4). Celui-ci a pour objectif de réduire les risques et les effets de l’utilisation des pesticides sur la santé – en ce compris, celle des agriculteurs – et sur l’environnement, ainsi que de réduire la dépendance à l’égard de l’utilisation des pesticides.
Malgré la succession de trois programmes de réduction depuis 2013, les quantités de pesticides utilisées n’ont pas démontré de tendance à la diminution au cours des vingt dernières années. Par ailleurs, le PWRP actuellement en vigueur a été décrit en 2025 comme lacunaire et inopérant par la Cour des comptes. Dans ce contexte, la mise en œuvre d’un programme de réduction des pesticides ambitieux et efficace ne peut qu’être attendue et saluée.
Attaque contre le programme wallon de réduction des pesticides
Pourtant, dans son courrier, la FWA demande aux collèges communaux de « marquer leur désaccord » vis-à-vis de cinq mesures du projet de PWRP 4. À savoir, celles portant sur la protection des zones de captages, la restauration de la nature, la sortie complète des pesticides PFAS, la protection des publics vulnérables – enfants, femmes enceintes et personnes âgées – et la collecte des données d’utilisation des pesticides.
Dans la première partie de son courrier, la FWA va même jusqu’à associer l’usage des pesticides à des bénéfices environnementaux et leur interdiction comme potentiellement négative pour l’environnement : on marche sur la tête !
Offensive agrochimique européenne
Au même moment, au niveau européen, on constate une offensive majeure de l’agrochimie. Celle-ci se matérialise par une proposition législative (Omnibus X) visant à supprimer les protections actuelles vis-à-vis des pesticides. Une des propositions les plus choquantes de l’Omnibus X est d’autoriser à vie la majorité des pesticides. Cela mettrait fin à l’obligation de réévaluation périodique de ces substances, une procédure qui a pourtant permis d’interdire des dizaines de produits toxiques au cours des dernières années. Un recul historique ! Les 380 000 enfants européens exposés à des niveaux élevés de pollution par les pesticides apprécieront[1]. De même que les millions de travailleurs agricoles de l’Union européenne qui sont exposés à ces substances toxiques.
Et qui a dépensé des millions pour convaincre les décideurs européens d’opter pour les pesticides à vie plutôt que pour la santé et l’environnement ? Un rapport de l’ONG Corporate Europe Observatory vient de répondre à cette question. Non seulement l’industrie des pesticides (notamment Bayer et BASF) mais aussi le Copa-Cogeca, organisation européenne d’agriculteurs à laquelle est affiliée… la FWA. Dans son rapport, l’ONG indique que « le Copa-Cogeca collabore de plus en plus avec l’industrie des pesticides dans le cadre d’activités de lobbying, alors même que les agriculteurs et les travailleurs agricoles sont les premiers à être exposés aux produits nocifs de cette industrie »[2].
Soutenir conjointement les agriculteurs, l’environnement et la santé
Dans son courrier envoyé aux communes, la FWA s’inquiétait de ne pas avoir été consultée sur le projet de PWRP 4 (tout en sachant que cette consultation est prévue dans une phase ultérieure). Elle aurait effectivement toute sa place pour proposer des solutions qui seraient favorables tant aux agriculteurs qu’à l’environnement et à la santé. En agissant comme elle l’a fait, on se demande plutôt si son seul souhait n’est pas de torpiller toute tentative de réduction des pesticides.
En s’alliant, au niveau européen, avec l’industrie des pesticides et en cherchant, au niveau wallon, à saboter les programmes de réduction des pesticides, la FWA sème le doute sur son identité : est-elle un syndicat agricole ou un lobby des pesticides ?
[1] Unicef, 2024 : «The State of Children in the European Union »
[2] Corporate Europe Observatory, 2026 : « Food & Feed Omnibus, co-written by the pesticide lobby »