Les martinets du Cinquantenaire menacés par les festivités américaines

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Le 28 juin, l'ambassade américaine organise une grande fête dans le parc du Cinquantenaire. Problème : l'une des plus importantes colonies de martinets noirs de Belgique y niche, en pleine période de reproduction. Natagora a interpellé Bruxelles Environnement. 

Un oiseau remarquable, une colonie emblématique

Chaque printemps, les martinets noirs (Apus apus) reviennent d'Afrique subsaharienne pour nicher dans les galeries et les cavités des hémicycles du Cinquantenaire. Ce n'est pas n'importe quelle colonie : c'est l'une des deux plus importantes de toute la Région bruxelloise, suivie scientifiquement par le Groupe de travail Martinets de Natagora depuis 1988. Elle est aujourd'hui connue bien au-delà de nos frontières : des passionnés de martinets venus du monde entier font le détour à Bruxelles pour la voir durant la saison de nidification.

Le martinet noir est une espèce en déclin sévère : ses effectifs ont chuté de plus de 54 % en Région bruxelloise entre 1992 et 2023. La tendance se confirme au Cinquantenaire même, où la colonie est passée de 103 nids en 2024 à 86 en 2025. L'espèce bénéficie d'une protection stricte au titre de l'Ordonnance Nature du 1er mars 2012, qui interdit expressément de perturber intentionnellement ces oiseaux, notamment durant la période de reproduction.

Un événement géant, au mauvais endroit au mauvais moment

Pour célébrer les 250 ans de l'indépendance américaine, l'ambassade des États-Unis a annoncé une fête de grande ampleur le 28 juin au Cinquantenaire : concert amplifié devant 5 000 personnes et, initialement, un feu d'artifice d'une trentaine de minutes.

Le 28 juin, c'est en pleine période de nourrissage des jeunes martinets. Les poussins sont au nid, totalement dépendants de leurs parents. La science est claire sur l'impact des feux d'artifice sur les oiseaux nicheurs : envols de panique, abandon de nids, mortalité des jeunes par refroidissement, stress physiologique prolongé. Ces réactions ont été documentées à des distances allant de plusieurs centaines de mètres à plusieurs kilomètres. Ici, les tirs seraient prévus à quelques dizaines de mètres à peine des cavités occupées.

Un précédent existe sur ce même site : lors du 21 juillet 2022, des fusées tirées devant les arcades ont suffi à faire déserter les trois nids présents. Lors du 21 juillet 2025, des lance-flammes utilisés entre chaque colonne des hémicycles ont totalement enfumé les galeries, alors que les martinets étaient au nid avec leurs poussins.

Natagora interpelle les autorités 

Natagora a adressé une lettre formelle à Bruxelles Environnement pour demander des mesures de protection : déplacement du feu d'artifice, réduction du volume sonore, ou remplacement par un spectacle à faible impact. Cette démarche s'inscrit notamment dans la campagne interassociative « Feux d'artifice : quand la fête fait trop de bruit », portée avec la Ligue Royale belge de protection des Oiseaux, les Cercles des Naturalistes de Belgique, Ardenne & Gaume, Canopea et la Fédération des Creaves, qui demande aux autorités publiques de remplacer les feux d'artifice explosifs par des alternatives à faible impact sonore.

Le dossier a également été porté au Parlement bruxellois, où une question parlementaire a amené la ministre régionale Ans Persoons (Vooruit) à confirmer que Bruxelles Environnement avait demandé une étude d'incidence à l'organisateur, et que celle-ci est toujours en cours d'examen. C'est cette administration qui est l'autorité souveraine pour autoriser ou non le feu d'artifice.

Mieux encore : le permis d'urbanisme délivré par Urban Brussels pour l'évènement est lui-même explicite. L'administration y identifie nommément la colonie de martinets, reconnaît le risque lié aux nuisances sonores en période de nidification, et conclut que l'organisation d'un feu d'artifice dans ce contexte apparaît incompatible avec les exigences de protection du site classé. Le permis interdit par ailleurs toute action susceptible de perturber la faune et la flore du parc.

L'ambassadeur américain lui-même a annoncé des "changements excitants" à la partie entertainment de son programme. Les F-35 ont été écartés. La question du feu d'artifice, elle, reste ouverte, et c'est Bruxelles Environnement qui a le dernier mot.

La balle est dans le camp de la ministre

Cent jours durant, les martinets habillent le ciel de Bruxelles de leurs vrilles et de leurs cris. Trente minutes de feux d'artifice pourraient réduire au silence l'une des colonies qui rendent ce spectacle possible. L'étude d'incidence est en cours, les arguments juridiques et scientifiques sont sur la table, et la loi est claire. Il appartient désormais à Bruxelles Environnement de faire respecter la protection de cette espèce emblématique.

Natagora reste mobilisée et demande à la ministre d'interdire le feu d'artifice, et d'imposer des mesures de protection sonore pour le concert.

Photos : Jules Fouarge