Cinquantenaire : après les feux d'artifice, des bénévoles comptent les dégâts. Le 21 juillet, ça recommence ?
Signé par Natagora et son GT Martinets, et la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux
Le Cinquantenaire abrite l'une des deux plus grandes colonies de Martinets noirs de Belgique, une espèce strictement protégée, dont les effectifs ont drastiquement diminué en Région bruxelloise depuis les années 90.
Récemment, deux grands événements avec effets pyrotechniques et son amplifié s'y sont tenus en pleine saison de reproduction : l’événement de musique électronique « Hangar » le 6 juin, et les festivités anniversaire américaines « Freedom 250 » le 28 juin. Nous avions alerté sur les risques du deuxième, sans avoir été informés du premier. Un troisième feu d'artifice est annoncé pour le 21 juillet.
L'heure est au bilan, sans moyens
Après ces deux événements, l'heure devrait être au bilan. Du moins, c'est ce que sont censés faire les organisateurs de Hangar, l'autorisation de l'événement conditionnant la levée de l'interdiction des effets pyrotechniques à un suivi ornithologique. Obligation qui, pour des raisons qu’on ignore, n’a pas été imposée à l’ambassade américaine. À ce jour, le Groupe de travail Martinets, qui suit cette colonie depuis 2015, n'a été associé officiellement à aucun suivi. Et nos organisations n'ont pas été informées d'un quelconque suivi, et ce malgré nos demandes répétées.
Les seuls recensements réalisés sont le fait de volontaires du Groupe de travail Martinets et de la LRBPO, soutenus par des ONG aux moyens de plus en plus restreints. Si les observations depuis le sol donnent déjà des bonnes idées des évolutions, surveiller ce site de façon scientifique demande du matériel spécialisé, comme des échafaudages. De façon générale, déterminer l'impact avec précision prend du temps et nécessite un suivi mené sur plusieurs années.
Un recensement difficile à réaliser
En plus de ces contraintes techniques, le site est très peu accessible, au vu des nombreux évènements qui s’y enchainent. Du mieux qu’ils ont pu, des volontaires ont essayé de réaliser des recensements. Ceux-ci font état d'une diminution des visites aux nids. Mais ça reste à ce stade un avis d’experts. Il est encore trop tôt pour publier des résultats chiffrés, mais ces premières observations sont très préoccupantes.
D'autres acteurs ont par ailleurs constaté des dégâts concrets. Une enquête de la Régie des Bâtiments a été ouverte après le 28 juin : des résidus de matériel pyrotechnique ont été retrouvés sur les toitures des Musées royaux, et le revêtement est noirci par endroits. Une statue a été légèrement abîmée. Ces résidus sont tombés à quelques mètres à peine des cavités où nichent les martinets.
Le site a déjà connu des précédents : en juillet 2022, des fusées basses tirées juste devant les arcades ont été suivies de la disparition définitive des 3 nids qui s'y trouvaient alors que le martinet reste normalement fidèle toute sa vie à sa cavité de nidification. En juillet 2025, des dispositifs enflammés ont enfumé les galeries alors que les jeunes étaient encore au nid.
Le 21 juillet approche, et les martinets sont à nouveau menacés
Cette année, la saison est particulièrement tardive. Partout en Belgique, alors que la plupart des jeunes martinets quittent habituellement le nid fin juillet, de nombreux oisillons ne prendront leur envol qu'en août cette année. La date du 15 juillet, retenue arbitrairement par les autorités pour lever les protections, ne correspond pas à la réalité biologique de l'espèce, encore moins en 2026.
C'est pourquoi nous réitérons notre demande. Nous demandons à Bruxelles Environnement de communiquer les résultats du suivi prévu dans sa propre autorisation aux organisateurs de Hangar, de vérifier sans délai l'état des nids, et de ne pas autoriser à cet endroit de feu d'artifice le 21 juillet. Nous demandons également la mise en place d’un vrai suivi scientifique pluri-annuel, assorti de moyens. Protéger une espèce en déclin, cela suppose de documenter les impacts, pas seulement de recommander en espérant les limiter.
Vous voulez agir ?
Beaucoup d'entre vous l'ont déjà fait, et chaque voix compte. Si vous voulez agir avant le 21 juillet, vous pouvez écrire dès maintenant aux autorités compétentes pour demander qu'aucun feu d'artifice ne soit autorisé au Cinquantenaire le 21 juillet :
Bruxelles Environnement : biodiv@environnement.brussels
Ans Persoons, Secrétaire d'État chargée de l'Environnement : info.persoons@gov.brussels
Mettez martinets@natagora.be en copie, afin que nous puissions assurer le suivi.
Nous demandons qu'aucun feu d'artifice ne soit autorisé sur ce site tant qu'une véritable politique de suivi scientifique des populations de martinets du Cinquantenaire, correctement financée, ne soit mise en place.
Pour eux, comme pour nous
Aujourd'hui plus que jamais, nous savons à quel point la faune sauvage doit être protégée, partout et par tous. Les Martinets noirs sont des insectivores stricts : ils se nourrissent exclusivement en vol, capturant chaque jour des centaines, voire des milliers de moustiques, pucerons, mouches et autres petits insectes. En pleine saison, une colonie comme celle du Cinquantenaire représente une quantité astronomique d'insectes prélevés chaque jour dans l'atmosphère bruxelloise. Ils sont, en ce sens, des alliés discrets mais essentiels de la biodiversité urbaine et de notre qualité de vie. Les perdre, c'est perdre un rouage silencieux de l'équilibre du vivant.