Une attaque contre Natagora, un mépris pour tout le secteur associatif

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La semaine dernière, le 20 juillet 2026, le président du MR s'exprimait sur la chaine d’info LN24, dans l’émission “Face aux Belges". Son intervention face à Adélaïde Charlier, en particulier, nous a été relayées par de nombreux membres de notre communauté, outrés : le président du MR y accuse Natagora de faire grimper le prix des terres agricoles wallonnes. C'est faux, et les faits le démontrent sans ambiguïté. 

Nous avons hésité à écrire ces lignes. Car rétablir les faits, c’est aussi donner un supplément de visibilité à ceux qui les répandent. Mais le président du MR ne s’attaque pas uniquement à Natagora. Il s’attaque à l’ensemble du secteur associatif. Il méprise ouvertement notre fédération, Canopea, dont l’équipe est, tout l'été, en chômage économique, suite aux réductions budgétaires décidées par le gouvernement MR-Engagés. Voici donc notre mise au point. 
 

Des associations qui assurent des missions d’intérêt public

Depuis le début du gouvernement MR-Engagés, tant au niveau régional que fédéral, le travail des associations n'est pas seulement remis en question par le président du MR : il est méprisé. Un mépris qui semble accompagné d’une bonne dose d'ignorance.  

Derrière les associations que Canopea fédère, ce sont des centaines de travailleurs, et des dizaines de milliers de volontaires, qui travaillent d'arrache-pied pour protéger ce qui est essentiel : des villes respirables, une nature en bonne santé, des forêts résilientes face au dérèglement climatique, ou tout simplement un environnement sain. Ce sont une myriade de collectifs qui répondent, au quotidien, à d'innombrables interpellations citoyennes : un riverain qui constate la pollution d’un cours d'eau, une commune qui souhaite accueillir plus de biodiversité sur son territoire, un agriculteur qui cherche un soutien pour créer une mare. Rien de tout ça ne se voit sur un plateau télé, et pourtant c’est notre réalité quotidienne.

Comble de l’ineptie, le président du MR affirme que les associations environnementales ne permettent pas de réduire les degrés de réchauffement. Mais c’est justement ce travail de terrain qui contribue à limiter ou contrer les dégâts environnementaux qui résultent de l’inaction gouvernementale.  Les associations sont également essentiels comme contre-pouvoir face aux gouvernements qui n'écoutent et n'intègrent toujours pas les recommandations scientifiques dans leurs politiques. Nier l'impact des associations en se repliant sur les seules promesses technologiques,  comme le fait le MR, alors qu'aucune technologie n'a permis de réduire les degrés de réchauffement jusqu'ici, sera insuffisant, comme déjà expliqué par le GIEC. 

Réduire les associations à des militants qui marchent dans la rue, comme le fait le président du MR: c'est nier le travail colossal quotidien sur le terrain. Et c'est surtout fermer les yeux sur toutes ces missions d'intérêt public que les gouvernements devraient assumer eux-mêmes, mais qui reposent aujourd'hui sur des volontaires et des équipes que le politique s’empresse de définancer, et qui tiennent de plus en plus grâce aux fonds privés.
 

Un coût de l’inaction connu 

Le président du MR affirme que la transition écologique nuit à la compétitivité. C'est faire preuve, une fois de plus, d'un angle mort inquiétant. Car freiner la transition n'est pas une mesure d'économie : c'est un report de facture, assorti d'intérêts. Ce qui se joue actuellement dans le sud de l'Europe avec des incendies hors de contrôle et des récoltes détruites, n'est pas un scénario lointain pour la Belgique. Inondations, sécheresses estivales à répétition, stress hydrique croissant: notre pays encaisse, lui aussi, sa part de la facture climatique.

Régulièrement, des rapports rappellent à quel point nous ne sommes pas préparés face à ces bouleversements. Des rapports identifient également les risques pour notre économie et notre sécurité. Différer les investissements dans l'adaptation et l'atténuation, ce n'est pas rendre service à l’industrie, ce qui est pourtant cher au Président du MR. 

En Wallonie, ce cout de l’inaction est chiffré : la seule dégradation de la nature liée au dérèglement climatique est estimée par l'AWAC, en Wallonie, à 577 millions d'euros par an. Couper dans la prévention pour payer plus cher la réparation, ce n'est pas de la rigueur budgétaire, mais de l’ignorance.
 

Ce qui a été dit sur nous, et ce que disent les faits

Quand Adélaide Charlier rappelle au président du MR la coupe de 75% dans le budget biodiversité, celui-ci nie, et affirme ne pas vouloir financer des associations comme Natagora qui, en achetant des terres, ferait grimper les prix du foncier agricole, faisant une concurrence déloyale aux agriculteurs. 

En plus de ne pas assumer la coupe qui a été réalisée sur le budget biodiversité - pourtant bien réelle -, le Président du MR véhicule une information tout simplement fausse: la part des transactions foncières agricoles de Natagora en Wallonie est très limitée, et le prix moyen payé est largement inférieur aux moyennes régionales. Il est donc évident que l’impact de notre activité sur le marché du foncier agricole est tout à fait marginal. Par ailleurs, c’est régulièrement à la demande d'éleveurs qui craignent de perdre leur terre, que nous achetons (permettant à l'éleveur de maintenir son activité). Et Natagora collabore avec 250 éleveurs sur la majorité de ses prairies. Dire qu'on empêche les éleveurs de travailler est donc on ne peut plus éloigné de la réalité. Cela n’a pas empêché le Président du MR de faire de Natagora un bouc émissaire de circonstance à la veille de la Foire agricole de Libramont. 
 

Ce que nous pouvons faire ensemble

Le mépris s'est traduit, ces deux dernières années, par des coupes budgétaires importantes qui ont nécessité l’abandon de projets sur le terrain, comme celui des mares agricoles chez Natagora. Pourtant, ces missions n'ont jamais été aussi indispensables. Alors que l'Europe se réchauffe à une vitesse inquiétante, que notre pays connaît une surmortalité dûe aux canicules et que nos voisins français voient partir en fumée des centaines de milliers d'hectares de forêts et de récoltes au péril de leurs vies, notre travail de restauration de la nature compte plus que jamais.

Nous nous opposons à ce narratif. Notre travail inlassable, jour après jour, tant sur le terrain que dans la défense de la nature face à l’inaction criante de nos gouvernements, est la meilleure réponse qu’on puisse apporter. Chaque éleveur partenaire, chaque action de restauration, chaque citoyen qui se mobilise est un démenti plus solide que n'importe quel communiqué.

C'est pour cela que le soutien de chacun compte, aujourd'hui plus que jamais. Les coupes budgétaires ne s'arrêteront pas d'elles-mêmes, et notre travail ne peut pas attendre la fin d'un mandat. Si vous partagez notre conviction que la nature n'est pas une variable d'ajustement budgétaire, vous pouvez y contribuer : en devenant membre, en faisant un don, ou en relayant ce message.