Réduire les collisions entre oiseaux et lignes à haute tension

Ligne à haute tension d'Awirs

Natagora, Natuurpunt et l’Institut de Recherche des Forêts et de la Nature (Instituut voor Natuur- en Bosonderzoek ou INBO) actualisent l‘atlas qui répertorie les zones où le risque de collisions entre oiseaux et lignes à haute tension est le plus élevé. L’installation d'un balisage par Elia rendra ces lignes aériennes dangereuses plus visibles pour les oiseaux.

Afin de s’assurer que tout le monde ait de l’électricité, 8 781 kilomètres de liaisons électriques parcourent la Belgique, dont 5 600 km sont des lignes aériennes. La nuit, au crépuscule ou par temps brumeux, ces lignes aériennes ne sont pas bien visibles pour les oiseaux, qui peuvent alors les percuter.

À la demande d’Elia, Natagora, Natuurpunt et l’INBO ont mis au point un atlas qui répertorie les zones où le risque de collision est le plus élevé pour les oiseaux. L’atlas des risques se base sur une énorme quantité de données collectées entre 2009 et 2019, principalement par des bénévoles. Le nouvel atlas, qui est une mise à jour de la version de 2012, révèle que la Belgique compte actuellement 325 km de lignes aériennes présentant un risque de collision important pour les oiseaux. Elia poursuit ses efforts afin de renforcer la sécurité autour de ces lignes aériennes et d’ainsi diminuer le nombre d’oiseaux qui les percutent mortellement, un chiffre estimé entre 170 000 et 500 000 par an.

Pourquoi une mise à jour ?

Le premier atlas des risques est paru en 2012. Depuis, la répartition de plusieurs espèces d'oiseaux s’est fortement modifiée. Grâce à la réalisation récente d’importants aménagements naturels (entre autres dans la vallée de l’Yser, au Zwin, dans les Uitkerkse Polders et dans la zone portuaire d’Anvers), le nombre d’oiseaux a significativement augmenté dans certaines régions. D’autres parties du pays, comme la zone portuaire de Zeebruges, ont perdu en importance et attirent dès lors moins d’oiseaux.

La plateforme en ligne observations.be ainsi que plusieurs projets de monitoring à long terme, comme les comptages des oiseaux d’eau, ont permis, ces dernières années, d’obtenir une quantité énorme de nouvelles données. Une révision de l’atlas des risques de 2012 était donc nécessaire.

Une sélection d’oiseaux particulièrement vulnérables

L’atlas des risques tient compte de toutes les données disponibles sur les espèces d'oiseaux présentant un risque élevé de collision. Il s’agit par exemple d’oiseaux qui se déplacent, souvent au crépuscule, entre l’endroit où ils dorment et les zones où ils trouvent de la nourriture. On pense ici en particulier aux oies, aux mouettes, aux courlis cendrés et aux grands cormorans.

Mouette rieuse en vol



D’autres oiseaux principalement actifs la nuit, comme le butor (espèce rare) ou le blongios nain, courent un risque plus important.

L’atlas des risques met l’accent sur certains oiseaux de plus grande taille comme le héron et la cigogne. Lorsque ces oiseaux repèrent les lignes aériennes, ils n’ont bien souvent plus le temps de modifier leur trajectoire et viennent donc les percuter.

L’analyse s’est penchée sur les colonies d’oiseaux présentant un risque élevé de collision (la spatule blanche, la sterne), les espèces rares mais qui peuvent être concernées occasionnellement par les collisions (le milan royal, le faucon pèlerin, la bécassine des marais, le hibou grand-duc), les grands groupes d’oiseaux aquatiques qui hivernent ainsi que les espèces qui empruntent en grand nombre une voie migratoire au-dessus de notre pays (par ex. la grue cendrée).

Prévenir l’installation sur les zones les plus à risque pour les oiseaux

Toutes ces données collectées entre 2009 et 2019 ont été compilées au sein d’un unique ensemble de données spatialisées. Le résultat : une carte qui indique le risque potentiel de collision pour une zone donnée. Les zones rouges sont celles où les oiseaux les plus sensibles au risque de percuter une ligne aérienne sont particulièrement nombreux, tandis que ce risque est bien moins élevé dans les zones vertes. Les zones les plus risquées en Belgique sont entre autres l’Arenbergpolder (Kieldrecht), le Paardenschor et le Doelpolder Noord (Doel), les Verrebroekse Plassen, le Molsbroek (Lokeren), les alentours de l’étang de Virelles et les marais d’Harchies.

Cartographie : collisions risk landscape

 

Lors de la construction d’une nouvelle ligne aérienne, la carte est un instrument de planification pour Elia et peut servir également d’outil aux autorités afin d’évaluer l'impact sur les oiseaux. Il est préférable d’éviter les zones rouges ou, à tout le moins, d’y prendre des mesures d’atténuation comme la pose d'un balisage. En effet, ce dispositif placé sur les câbles rend les lignes aériennes plus visibles pour les oiseaux, diminuant ainsi le risque qu’ils ne viennent les heurter.

Déterminer les lignes aériennes existantes les plus à risque

Les lignes aériennes existantes d’Elia ont été projetées sur la carte reprenant les risques de collision. Elia dispose ainsi d’un aperçu des lignes aériennes qui forment actuellement le risque le plus élevé pour les oiseaux. Environ 5,8 % (325 km) des lignes aériennes belges constituent un risque élevé pour les oiseaux, soit 2 % de plus qu’en 2012. Cette hausse s’explique par les évolutions récentes dans d'importantes zones favorables aux oiseaux d’eau ainsi que par l’augmentation de la quantité de données qui ont permis d’évaluer plus précisément l’importance de chaque zone.

Cartographie : Overall risk score by power-line segment

 

Selon l’atlas des risques 2020, les lignes aériennes les plus dangereuses qui ne sont à l’heure actuelle pas encore équipées de balises anti-collision surplombent la Noordelijk Eiland à Wintam, la Meuse aux Awirs, les marais de Meetkerke, l’IJzerbroeken à Merkem ainsi que dans la vallée de la Haine aux abords de la réserve naturelle des Marionville à Saint Ghislain.

Jean-Yves Paquet, responsable du pôle ornithologique Aves de Natagora : "Natagora et Natuurpunt se réjouissent qu’Elia aborde cette problématique. Nous espérons que cela mènera rapidement à la concrétisation d’un plan de balisage clair dans le cadre duquel les lignes les plus dangereuses comme celles de Wintam et de la vallée de la Haine pourront être adaptées au plus vite."

Ilse Tant, chief community relations officer chez Elia : "Ces dernières années, nous avons balisé environ 50 kilomètres de lignes aériennes, entre autres dans la zone du canal à Gand, à Bruges, à Noordschote, à Kallo et à Harchies. Dans les années à venir, nous allons renforcer nos efforts en vue de baliser un maximum de lignes aériennes dangereuses. Grâce à l’atlas des risques, nous savons quelles lignes doivent être adaptées en priorité. Nous essayons alors de coupler ces interventions à des travaux de ligne déjà planifiés."

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