COP26: un sursaut local face à la faillite mondiale?

Le premier ministre du Koweit pavane à la COP26

La presse l’a assez expliqué: le bilan de cette COP 26 est très mitigé. Nous avons notamment pu assister ces derniers jours au rejet de dernière minute du principe de sortie des énergies fossiles, dont le charbon, ainsi qu’au report des financements à destination des pays les plus touchés par la crise climatique (i.e. les pays en voie de développement) par les pays responsables de cette crise (i.e. les pays « développés »). Nous avons également pu constater la traditionnelle hypocrisie associée à ce genre d’évènement avec quelque 400 participants se rendant à la conférence en jet privé ainsi qu'à de mémorables moments de green washing.

La COP des lobbys pétroliers

La COP serait donc le reflet de l’incapacité des États à prendre de manière consensuelle des décisions fortes en matière de lutte contre les changements climatiques. Cela peut être expliqué par la présence massive de lobbyistes des énergies fossiles à ces conférences. La délégation de lobbyistes pétroliers était en effet plus importante en nombre que la somme des délégations des huit pays actuellement les plus touchés par les changements climatiques.

Les COP ne doivent cependant pas être réduites à de simples conférences de green washing, cela en reste une caricature trop simpliste. Certains états ou groupements d’états y prennent parfois des engagements courageux. Courageux car il s’agit d’une résistance affirmée aux lobbys pétroliers qui maintiennent une pression extrême et car ces engagements sont impopulaires auprès d’une frange non négligeable de l’électorat.

Pour autant, tous ces engagements, dans leur état actuel et en supposant qu’ils soient respectés, vont-ils permettre de limiter le réchauffement global à 1,5°C ? Malheureusement non, selon le Climate Action Tracker, l’ensemble des engagements actuels nous font nous diriger vers un réchauffement global de 2,4°C en 2100, ce qui est apocalyptique. Il faut donc que ce type d’engagement soit pris par plus de pays mais aussi avec des échéances beaucoup plus courtes. Autrement dit, se laisser trente ans et être seulement la moitié des pays du monde pour serrer la vis ne suffira pas, il faut que tout le monde s’y mette et tout de suite. Et c’est là finalement le choc, le sentiment d’échec, de gâchis et de désespoir que cette COP provoque : cela ne se fera tout simplement pas !

Qui aura le courage de débrancher la prise pour éviter l'incendie?

Mais pourquoi diable ne parvenons-nous pas à un accord commun et drastique dès maintenant ? Car un tel accord implique tout simplement pour les états industrialisés de se sevrer des énergies fossiles dans les plus brefs délais. Et cela a des implications majeures non seulement sur les riches actionnaires mais aussi et surtout sur la vie de tous les jours de l’ensemble de la population. En effet, d’éminents spécialistes affirment que les moyens de productions alternatifs d’énergie, quelle qu’ils soient, ne suffiront pas à couvrir notre demande actuelle en énergie. Le corollaire de cette affirmation est que l’ensemble des éléments de notre vie quotidienne deviendront soit indisponibles soit beaucoup plus chers, avec des conséquences non négligeables sur l’ordre social. Voilà l’impasse dans laquelle nous nous trouvons. Soit les promesses stagnent avec le même nombre d’engagés, autrement dit un effort relativement lent et ne concernant pas tout le monde, et c’est d’un environnement climatique apocalyptique dont les générations jeunes et futures hériteront. Soit nous effectuons tous aujourd’hui un sevrage drastique afin de préserver un environnement climatique vivable, sevrage si drastique et sans précédent pour l’humanité que nous sommes en droit de nous demander quel sera son impact sur l’ordre social.

Les énergies fossiles sont un peu comme la drogue dure des populations des pays industrialisés, le sevrage ne sera par conséquent certainement ni facile, ni doux, ni agréable mais est pourtant inévitable. En effet, les stocks d’énergie fossile sont limités. La question est donc : planifie-t-on ce sevrage aujourd’hui de manière volontaire afin de maintenir un environnement climatique vivable pour les générations jeunes et futures (et ce malgré des conséquences sur l’ordre social qui seront fonction de la qualité des politiques menées) ou bien laissons-nous la nature nous sevrer elle-même de cette ressource, ce qui se fera de toute façon dans un avenir relativement proche, mais avec cette fois comme héritage un environnement climatique totalement défavorable aux générations jeunes et futures. Et nous ne parlons ici même pas des conséquences sur l’ordre social qu’aurait un sevrage forcé dans un environnement climatique presque invivable.

Un rôle à jouer pour la Belgique?

La question est ouverte, c’est aux états de prendre la décision mais rappelons que c’est le citoyen qui vote pour l’une ou l’autre politique et que le choix nous est laissé. Aussi insignifiante soit-elle, la Belgique, grâce au déploiement d’une vraie politique de décarbonation, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui, peut jouer un rôle de leader et ainsi influencer par effet de résonance la sphère internationale. Nous avons donc tous une influence sur l’avenir des générations jeunes et futures : par notre vote et par nos choix de consommation.

Nous sommes aujourd’hui à +1,2°C et il est certain que nous atteindrons au minimum +1,5°C en 2030, quels impacts en Belgique ? Vaste question. Le modèle MAR, développé par l’université de Liège, prévoit par exemple une période de retour de 10 ans des évènements pluvieux extrêmes que nous avons connus cet été si nous arrivons à +1,5°C-2°C. Autrement dit, si nous respectons le sevrage drastique mentionné ci-dessus, le monde sera beaucoup plus vivable qu’à +2,4°C mais des conséquences se feront malgré tout sentir. Il est donc dès aujourd’hui essentiel d’agir pour nous adapter aux changements climatiques. Mais que signifie s’adapter ? Cela signifie prendre des mesures pour assurer la continuité des éléments indispensables à notre survie. Autrement dit, prendre des mesures pour nous assurer que, malgré les aléas climatiques à venir mais aussi malgré le sevrage en énergie fossile, nous ayons toujours un toit sur notre tête, à manger en suffisance et suffisamment chaud pendant l’hiver. Cet aspect, pourtant fondamental, n’est pas suffisamment traité lors de la COP et n’a pas abouti à des mesures concrètes dans le pacte de Glasgow. Nous devons pourtant sans plus attendre réfléchir à comment nous y prendre.

C’est tout l’objectif de notre manifeste #NONATURENOFUTURE où nous analysons dans un premier temps pourquoi nos systèmes de production (voir par exemple notre dernière analyse sur les émissions de méthane du système de production de viande bovine), d’aménagement du territoire et de gestion des espaces naturels nous rendent extrêmement vulnérables aux aléas climatiques. Analyse sur base de laquelle des solutions thématiques concrètes et fondées sur la nature sont formulées et adressées directement au monde politique dans l’espoir de faire changer les choses. Si vous n’avez pas encore signé le manifeste afin de nous faire peser plus lourd dans les négociations, rendez-vous ici.

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