COP15 biodiversité : un premier round engageant mais peu d’avancées

Manifestants avec une pancarte "Créons un monde où la nature n'aura pas besoin d'être protégée".

COP15 sur la biodiversité : un premier round engageant, mais beaucoup d’efforts reste à fournir. On vous offre un petit résumé.

La COP15, dédiée à la biodiversité, se déroule en deux parties : la première s’est tenue du 11 au 15 octobre et la seconde se tiendra du 25 avril au 8 mai. Une phase de négociation intermédiaire est prévue à Genève en janvier. La première phase qui vient de se dérouler était essentiellement protocolaire, le but étant surtout de s’assurer que les participants se dirigeaient bien vers un but commun afin d'arriver à des accords les plus ambitieux possibles lors de la seconde partie en avril.

La déclaration de Kunming, disponible ici, a été adoptée durant ce premier round. Cette déclaration est un accord de principe et est conçue pour refléter la volonté politique de l’ensemble des parties de protéger la biodiversité et pour donner un élan politique afin de rapidement faire face à la crise de la biodiversité. Ce document n’est aucunement juridiquement contraignant.

Au niveau des financements, différents états se sont engagés en annonçant des chiffres concrets. Il a été annoncé la création du Kunming Biodiversity Fund dans le but de soutenir la biodiversité dans les pays en développement. La Chine y contribue à hauteur de 230 millions USD, les autres pays sont invités à contribuer. Le Japan Biodiversity Fund a été étendu à 17 millions USD dans le but d’aider au développement de NBSAPs (National Biodersity Stategies and Action Plans). Le soutien financier de l’union européenne en faveur de la biodiversité dans les pays à risque a été doublé, passant à environ 5.5 – 6 milliards d’euros. Certains pays de l’UE (France, notamment) s’engagent pour que 30% de leur budget dédié à la lutte et à l’adaptation au changement climatique soit consacré à la restauration de la nature. Au niveau des Nations Unies, 9 milliards d’euros sont injectés par le Fond Vert pour le Climat (GCF) dans la restauration des écosystèmes.

9 organisations philanthropiques ont fait une promesse de don de 5 milliards d’euros en faveur de la nature, étalé sur les 10 prochaines années. Et 75 institutions financières, totalisant 12.000 milliards d’euros d’actifs, se sont engagées pour la protection et la restauration de la nature par le biais de leurs activités financières et de leurs investissements.

Au niveau des déclarations, le président chinois Xi Jing Ping n’a pas fait allusion à la stratégie des 30x30 (30% des terres et des mers protégés en 2030), mais il a abordé l’extension du réseau chinois d’aires protégées. Différents leaders nationaux ont quant à eux fait allusion aux 30x30. Notamment la Russie, l’Egypte, le Kirghizistan, le Costa Rica, la France, la Papouasie Nouvelle Guinée et le Royaume-Uni. Il est intéressant de noter les allusions au mainstreaming[1] de la biodiversité et aux bénéfices financiers pouvant en découler. À l’issue de cette COP, il est désormais un fait admis par les dirigeants que s’attaquer à la crise de la biodiversité constitue une réponse élémentaire pour faire face au changement climatique.

Inger Anderson, directrice exécutive du Programme de Nations Unies pour l’environnement, a déclaré qu’un des leviers essentiels afin de faire face à la crise de la biodiversité est de combler le déficit de financement de la biodiversité et de bannir les subventions perverses, dont on sait qu’elles nuisent directement à la biodiversité. L’Agence française de développement estime qu’à l’échelle mondiale une somme oscillant entre 124 et 143 milliards USD a été dépensée en faveur de la biodiversité alors qu’une somme oscillant entre 722 et 967 milliards USD est nécessaire d’ici à 2030 pour lutter efficacement contre la dégradation de la biodiversité. Il est également estimé qu’une somme de 500 milliard a été dépensée directement dans des subventions néfastes à la nature.

Il est hélas à regretter qu’aucun des engagements pris par les états en 2010 n’a été tenu, les écosystèmes continuent à se dégrader. La secrétaire exécutive de la Convention sur la diversité biologique, Élisabeth Maruma Mrema, assure que les leçons ont été tirées.

Nous pouvons dire, pour conclure ce premier round, que des concepts importants tels que le manque budgétaire, les subsides nocifs, le mainstreaming, l’importance de la sauvegarde de la nature pour répondre aux enjeux climatiques ont été évoqués mais trop timidement pour que des progrès majeurs sur ces points puissent être enregistrés. Divers engagements financiers ont également été pris mais l’enveloppe biodiversité reste encore largement sous-financée. En bref, tout le monde dit qu’il est d’accord sur le principe, ce qui est déjà bien, surtout de la part de pays à forts enjeux, mais rien d’opérationnel n’est décidé.

D’après Bruno Oberle, directeur général de l’UICN, le rythme de progression en regard du rythme sans précédent du déclin de la biodiversité n’est pas satisfaisant. D’après Li Shuo, Global Policy Advisor chez Greenpeace Chine, ce premier round constitue un début modeste des négociations.

 

[1] Biodiversity mainstreaming is generally understood as ensuring that biodiversity, and the services it provides, are appropriately and adequately factored into policies and practices that rely and have an impact on it.

Voir toutes les news