Hautes Fagnes : quand un incendie détruit des milliers d’années de nature
Les Hautes Fagnes brûlent. Et derrière les flammes, c’est un écosystème vieux de plusieurs milliers d’années qui est affecté. Natagora exprime toute sa solidarité aux personnes touchées par cette tragédie. Plus que jamais, cet événement souligne l’urgence d’agir et d’adapter nos territoires en prévision des dérèglements climatiques.
Depuis vendredi, un incendie d’une ampleur exceptionnelle ravage les Hautes Fagnes. Un peu plus de 3 000 hectares ont déjà été touchés. Ce lundi, le feu est contenu dans les secteurs accessibles aux secours, mais il continue de progresser, plus lentement, dans les zones où les équipes au sol ne peuvent intervenir.
Natagora regarde cette catastrophe avec tristesse et inquiétude. Elle touche un paysage emblématique de la Wallonie, mais surtout un cœur de nature exceptionnel, fruit de milliers d’années d’histoire naturelle et de décennies de travail pour le préserver et le restaurer.
Les Hautes Fagnes ne sont pas seulement un paysage. Elles abritent des tourbières, des landes et des forêts, ainsi qu’une biodiversité exceptionnelle. Et les tourbières sont au cœur de cette tragédie. La tourbe s’accumule au rythme de quelques fractions de millimètre à quelques millimètres par an. Elles se forment très lentement, depuis plusieurs milliers d’années, dans des conditions particulières d’humidité et d’acidité.
Deux zones de tourbières hautes actives sont impactées, selon le Département de la Nature et des Forêts. Le feu ne se contente pas de brûler la végétation en surface. Dans les secteurs les plus secs, il peut pénétrer dans la tourbe et continuer à couver sous terre. C’est l’une des raisons pour lesquelles cet incendie est si difficile à combattre.
Ce qui disparaît donc sous nos yeux ne pourra pas être simplement "replanté". Une tourbière est le résultat de milliers d’années d’accumulation de matière organique et de conditions hydrologiques très particulières. Lorsque la tourbe brûle, c’est une partie de cette histoire écologique qui est détruite. C’est aussi un travail de restauration écologique mené depuis des décennies qui est aujourd’hui durement frappé.
Et ces milieux jouent un rôle essentiel dans le cycle du carbone : lorsqu’ils restent humides, les tourbières stockent du carbone pendant des millénaires. Lorsqu’elles s’assèchent et brûlent, une partie de ce carbone peut être libérée dans l’atmosphère.
Notre solidarité va à toutes les personnes touchées par cette catastrophe, et en particulier à celles et ceux qui vivent à proximité et qui en subissent les conséquences. Nous exprimons également notre profonde tristesse face à ce drame, et avons une pensée particulière pour toutes celles et ceux qui, depuis si longtemps, œuvrent avec passion et dévouement à la préservation des Hautes Fagnes, de leur biodiversité et de leur patrimoine naturel. Et notre immense reconnaissance va à toutes celles et ceux qui se battent actuellement contre le feu : pompiers belges et étrangers, Protection civile, Défense, police, agents du DNF, agriculteurs, communes, bénévoles et toutes les personnes qui apportent leur aide. Vous êtes aujourd’hui en première ligne pour protéger les Hautes Fagnes, leur biodiversité et les populations qui les entourent.
Les Hautes Fagnes ont mis des milliers d’années à se construire. Notre responsabilité est de tout faire pour qu’elles puissent survivre à cet épisode dramatique.
Viendra ensuite le temps de tirer les leçons de cette catastrophe. Comprendre ce qui s’est passé, mieux protéger ces milieux exceptionnels et renforcer leur capacité à faire face aux changements qui les rendent plus vulnérables.