Éoliennes de Boneffe : la biodiversité se prend un vent !

Vanneau huppé en vol

Après un sixième recours introduit par Natagora, le Conseil d’État vient de refuser de suspendre le début des travaux pour la construction d’éoliennes dans la plaine de Boneffe. Le premier coup de pelle enterrera l’espoir d’une politique éolienne wallonne cohérente.

Bien que le Conseil d’État ne se soit pas encore prononcé sur la suspension du permis, il vient donc d’ouvrir la porte au début des travaux éoliens à Boneffe. Ce dossier est un véritable cas d’école de mauvaise gestion politique. Depuis 2011, les politiques wallons se suivent et s’entêtent sur ce chantier, forçant naturalistes et riverains à multiplier les recours. Tout ce temps aurait pu être consacré à essayer de trouver une solution globale au problème éolien en Wallonie, comme le propose Natagora depuis de nombreuses années.

Le développement des énergies renouvelables est indispensable dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais plus aucun scientifique aujourd’hui ne pense à atténuer la crise climatique sans travailler conjointement sur celle de la biodiversité. Or, si la plaine de Boneffe est convoitée depuis 2008 par les promoteurs éoliens, plusieurs espèces d’oiseaux, dont certaines protégées au niveau européen, utilisent cet espace unique depuis bien plus longtemps encore. 

Le cortège d’espèces d’oiseaux typiques des plaines agraires (en particulier vanneaux et pluviers), menacé, est lié à l’échelle paysagère des sites (grandes plaines ouvertes, absence d'éléments verticaux). Et il est impossible de recréer ces paysages "d’openfield" ailleurs. Pour certaines espèces, planter des éoliennes dans une plaine ouverte équivaut donc à raser une forêt de plusieurs centaines d’hectares. Aujourd'hui, toutes les plus belles plaines agricoles de Wallonie voient leur caractère ouvert menacé par un projet éolien. À terme, en l’absence d’une prise en compte des impacts cumulatifs de tous ces projets, ces milieux risquent donc de disparaître de Wallonie, raison pour laquelle Natagora se bat depuis dix ans pour une plaine emblématique comme celle de Boneffe. 

busard des roseaux sur la plaine de Boneffe

 

Philippe Funcken, directeur général de Natagora : "Le sacrifice de la plaine de Boneffe est un coup dur en soi pour la biodiversité. Mais c’est aussi le symbole du manque criant de stratégie politique globale et de planification éolienne en Wallonie. Face au lobby des promoteurs et de certaines communes, aucun ministre wallon ne semble prêt à définir de cartographie générale qui libérerait quelques zones de la présence de ces grands mâts."

Malgré ce très mauvais signe, il est plus qu’urgent que le politique remette sur le métier la planification du développement éolien à l’échelle de l’ensemble de la Wallonie, comme commencé en 2013. Un décret éolien doit voir le jour et inclure une cartographie et des critères d’implantation clairs qui apportent la sécurité juridique dont tous les acteurs ont besoin, tant les développeurs éoliens que les riverains. C’est pour Natagora la seule façon de concilier l'atteinte des objectifs énergétiques et des objectifs biodiversité.

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