Edito 74 : "Les prairies de fauche : l’enjeu prioritaire"

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Le 04 July 2016

Les plus anciens d’entre vous se souviennent qu’en 1985, une des livraisons du magazine des Réserves Naturelles-RNOB (aujourd’hui intégrées dans Natagora) était consacrée aux prairies et au traquet tarier. J’avais contribué à ces articles, puisque à ce moment les Réserves Naturelles-RNOB lançaient deux programmes majeurs de conservation des prairies de fonds de vallées dans le bassin de la Sûre et dans l’Est du pays.

Le traquet tarier, l’oiseau tant chéri des prairies de fauche en était l’emblème. Aujourd’hui, on le nomme le plus souvent le tarier des prés. Il est l’objet d’un article passionnant dans cette livraison de votre magazine favori par Antoine Derouaux, ainsi que d’un petit dossier à destination des enfants

Le déclin de cette espèce est épouvantable. En 1928, G. C. M. van Havre, dans son ouvrage « Les oiseaux de la faune belge », le qualifiait de très commun. Il en reste peut-être 200 couples aujourd’hui, tous dans l’Est du pays, dans le domaine militaire d’Elsenborn et dans les réserves naturelles, dont celles de Natagora.

Le tarier des prés est une espèce des prés de fauche, non ou peu amendés et surtout fauchés à l’ancienne, c.-à-d. pendant les grandes vacances. Surtout pas avant, comme cela se fait couramment aujourd’hui dans les prairies amendées, fauchées très tôt pour fabriquer un tourteau dont on nourrit le bétail.

Le tarier des prés est emblématique de ce scénario infernal d’intensification des pratiques agricoles qui, sans même poser de problèmes environnementaux particuliers, ont ruiné la flore et la faune de nos campagnes. Avancer la date de fauche, au moment où les plantes poussent encore et n’ont pas atteint leur floraison, est ce qui peut arriver de pire à un milieu : ne pas être à même d’avoir le temps de boucler son cycle annuel. L’herbe pousse, et la barre de fauche passe et passe encore, avant que les fleurs s’épanouissent, que les papillons s’envolent et que les jeunes oiseaux aient quitté leur nid. La biodiversité des prairies s’est ainsi effondrée totalement.

La nature dans les milieux agricoles constitue un axe stratégique du plan Natagora 2020. C’est effectivement la priorité absolue de toute politique de conservation de la nature dans nos régions. Tout est en train de s’en aller : alouettes, perdrix, linottes, hirondelles, et tant d’autres. 

Natagora s’est attelée à la tâche et lance ainsi un appel à partenariat avec tous les agriculteurs, et je souligne bien : tous les agriculteurs. Nous avons besoin de campagnes, de labours, de prairies et nous avons besoin d’eux pour que ces milieux existent encore demain. Nous demandons à ce que la flore et la faune sauvages y soient toujours. Soient toujours bien là.

 

Emmanuël Sérusiaux, Président

 

 

Natagora, association de protection de la nature, se mobilise pour prserver la biodiversit des habitats naturels en Wallonie et Bruxelles. Pour cela, nous avons besoin de votre soutien !

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