Cadre éolien : bien, mais peut mieux faire

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Le 27 February 2013

Après de longs mois de consultations et discussions, le cadre de référence (CDR) éolien vient d'être adopté par le Gouvernement wallon. Natagora salue cette avancée mais rappelle que la biodiversité ne doit pas être écartée du dossier.

Natagora a pris connaissance du cadre de référence ainsi que de la "cartographie positive" situant les espaces jugés favorables pour l’installation de parcs éoliens en Wallonie. Vu le risque de collisions entre éoliennes et certaines espèces d’oiseaux ou de chauves-souris, mais également la dégradation de l’habitat que causent les éoliennes pour ces espèces, Natagora est particulièrement attentive à l’évolution de ce dossier.



Pour Natagora, le CDR présente incontestablement des éléments positifs :

- Tout d’abord, l’association salue la volonté du Gouvernement de sortir de l’anarchie actuelle en matière d’implantation d’éoliennes : l’actualisation du cadre de référence et la cartographie des lieux d’implantation paraissant les plus adéquats est un réel progrès.

- Le choix d’installer de préférence les éoliennes le long des grandes infrastructures de transport est également une option que l’on ne peut qu’apprécier. Le grignotage des espaces naturels et la dégradation des paysages seront ainsi d’autant limités.

- Un premier examen de la carte des zones d’implantation montre que certaines zones à fort enjeu pour la conservation de la faune semblent avoir été épargnées. C’est le cas notamment d'une grande partie du sud de l’Entre-Sambre-et-Meuse, des vallées de la Dyle, de la Meuse et de l’Ourthe ou encore des crêtes de la Calestienne. Les zones identifiées comme favorables à l'implantation éolienne semblent aussi éviter largement les principaux noyaux de population du milan royal, espèce patrimoniale particulièrement sensible.

Néanmoins, quelques zones particulièrement riches en biodiversité comme, par exemple, la basse vallée du Geer (zone majeure pour les chauves-souris) ou la Haute Sambre (région de grand intérêt ornithologique) sont reprises en zones favorables alors qu’elles ne le devraient pas.



Natagora regrette


- Qu’une note explicative n’accompagne pas la cartographie proposée. Ainsi, comment la carte des zones favorables a-t-elle été établie ? Sur quelle base la capacité productive de chacun des lots a-t-elle été définie ? Ces informations ne sont pas disponibles actuellement. Natagora espère que le Gouvernement wallon fera preuve de transparence à ce sujet. De même, Natagora estime qu’une évaluation environnementale du cadre de référence devrait être disponible afin de justifier la pertinence de l’objectif fixé des 750 éoliennes produisant 4500 gigawatts/heure d’énergie éolienne en 2020.

- Que le protocole d'évaluation des impacts imposé aux bureaux d’étude ait été allégé par rapport aux versions antérieures du projet de CDR. L’établissement d’une carte d’implantation n’exonère en effet pas les porteurs de projet de la réalisation d’une étude d’incidence sur l’environnement. Cette étude se doit d’être de qualité afin de s’assurer que, localement, chaque projet n’ait pas d’impact négatif sur les espèces et habitats protégés, tant à l’échelle européenne que régionale.

- Que le CDR ne mentionne pas explicitement la possibilité de refuser un projet lorsque, en absence d'alternative, les impacts sur la nature s’avèrent non compensables. Les mesures de compensations se doivent en effet de contrebalancer l’impact réel créé pour la biodiversité. Un suivi rapproché de leur mise en place doit aussi être garanti.

- Qu’aucune information ne soit fournie quant au statut juridique du CDR, de la cartographie et des mesures transitoires à mettre en place jusqu’à l’adoption du Décret.



Natagora dénonce


- Le maintien de la possibilité d’implanter des éoliennes en forêt, en particulier dans certaines zones mises à blanc. L’association est en effet résolument opposée à l’implantation d’éoliennes en forêts car ces dernières constituent souvent les derniers grands espaces naturels du territoire wallon. Ce sont aussi des milieux bien plus riches en biodiversité que les zones cultivées. L’avifaune y est particulièrement abondante (y compris dans certaines forêts résineuses) et les migrations des oiseaux s’appuient souvent sur les massifs forestiers qui leur servent de repères. De même, les forêts et leurs lisières sont l’habitat de certaines espèces de chauves-souris sensibles aux éoliennes.

- La pression engendrée sur la quasi-totalité des plateaux agricoles wallons d’intérêt ornithologique. Plusieurs espèces d'oiseaux très spécialisées (pluviers, busards…) risquent de subir une diminution significative de la qualité de leur habitat. Natagora plaide pour l’exclusion d'une partie de ces plateaux agricoles des zones d’implantation et pour le respect de la Directive "Oiseaux" qui impose de maintenir ces espèces dans un bon état de conservation à l’échelle des Etats-membres de l’Union européenne.

En conclusion, Natagora salue donc l’apparition d’un cadre plus clair quant à l’implantation des éoliennes en Région Wallonne. L’association soutient bien entendu une politique visant à diminuer l’utilisation des énergies fossiles au profit d’énergies renouvelables. Elle tient cependant à ce que cela ne se fasse pas au détriment de la biodiversité et que l’empreinte écologique de toute production d’énergie renouvelable soit clairement calculée afin de s’inscrire dans une optique durable.


  •  En savoir plus :

- Position de Natagora concernant les éoliennes - juin 2010 (PDF, 300 ko)

- Position de Natagora sur le principe de compensation des impacts sur la nature - décembre 2009 (PDF, 210 ko)


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