Sauvez nos salamandres et nos tritons

 

Une espèce de salamandre et 4 espèces de tritons existent en Belgique : la salamandre tachetée, le triton alpestre, le triton palmé, le triton commun et le triton crêté. Les urodèles sont d’"anciens" vertébrés. Ils existent sur notre planète depuis 150 à 200 millions d’années et se sont adaptés au cours des temps à des écosystèmes très différents. En régulant les chaînes d’alimentation, ils jouent un rôle essentiel dans ces écosystèmes, qu’ils contribuent également à protéger. En tant que prédateurs, ils contrôlent la diversité des espèces et des processus écologiques dans les cycles entre les fourrageurs et les décomposeurs. Les urodèles offrent également des avantages économiques : ils régulent les populations d’insectes qui peuvent causer des dommages à l’agriculture ou propager des pathogènes aux êtres humains ainsi qu’aux animaux tant domestiques que sauvages.

> Plus d'infos sur les urodèles en Belgique et comment les identifier
> Une synthèse de la distribution des urodèles en Belgique est disponible sur le site www.observations.be

 

En 2013, un champignon pathogène asiatique fait son apparition en Belgique. Batrachochytrium salamandrivorans (Bsal) dévore littéralement la peau de nos salamandres et des tritons. Les animaux en meurent peu de temps après avoir été infectées.


Connaître la maladie

Qu’est-ce Bsal ?

Batrachochytrium salamandrivorans (Bsal) est un champignon pathogène, découvert par un groupe de recherche basé à l’Université de Gand, qui affecte essentiellement les salamandres et les tritons. Il ne touche ni les grenouilles ni les crapauds. Ce champignon provoque la chytridiomycose, une maladie mortelle. En Belgique, 4 espèces indigènes d’urodèles - le triton alpestre, le triton ponctué, le triton crêté et la salamandre tachetée - sont extrêmement sensibles à ce champignon et meurent rapidement après avoir été infectés.

> Un article scientifique concernant le champignon a été publié en 2013.

Que se passe-t-il chez un animal infecté ?

La maladie se manifeste par des ulcérations de la peau. Le champignon prolifère dans la peau des amphibiens, causant, deux semaines après l'infection, la mort par asphyxie. En effet, la peau joue un rôle essentiel dans la respiration de ces êtres vivants. Les animaux infectés mais encore vivants peuvent être apathiques, ou au contraire atteints de problèmes de coordination motrice et donnent alors l'impression de gigoter dans tous sens. La maladie est très contagieuse et se transmet aisément entre les différentes espèces d’urodèles. Seul le triton palmé semble résister à la maladie à ce jour.

Où la maladie est-elle présente ?

Bsal a été découvert en 2012 dans une population de salamandres tachetées du Bunderbos aux Pays-Bas. La maladie y a provoqué une mortalité de 99,9% des salamandres présentes ! En 2013, les premières victimes belges ont été découvertes à Eupen. Suite à cela, des infections ont été découvertes à Robertville (avril 2014), Liège (janvier 2014), Duffel (mai 2015) et Dinant (avril 2016). Il est très probable que d'autres cas soient passés inaperçus. Tant en Allemagne qu’en Angleterre, des salamandres en captivité ont été infectées.

> Plus d'infos sur la distribution de Bsal en Europe.

Bsal est très proche du pathogène fungus B dendrobatidis (Bd) plus connu et décrit pour la première fois à la fin des années ’90. Actuellement, Bd infecte plus de 442 espèces d’amphibiens dans le monde, répartis sur 49 pays et sur tous les continents (excepté l’Antarctique, où les amphibiens n’existent pas). Sa distribution peut être trouvée sur le site www.bd-maps-net.

> Un résumé peut-être trouvé dans cet article.

Le voyage de Batrachochytrium salamandrivorans

La maladie est présente au Japon depuis au moins la moitié du XIXe siècle. Là-bas, elle n'est pas létale pour les salamandres et tritons. Certaines espèces peuvent tomber malades mais elles en meurent rarement peuvent vivre longtemps avec le champignon. La principale voie de dispersion de la maladie est le commerce international des amphibiens. L'introduction de Bsal en Europe continentale est lié au commerce des salamandres asiatique d'Asie du Sud-Est et plus particulièrement de Thaïlande du Vietnam et du Japon.

Jusqu'à ce jour le pathogène a seulement été trouvé dans des échantillons originaire d'Asie, d’Europe du Nord et d'Angleterre. Il ne s’est pas encore dispersé en Amérique du Nord, ni du Sud. À cause du manque de moyens dévolus à la surveillance sur le terrain nous ne savons pas combien de populations européennes sont infectées en ce moment.

Le Conseil de l’Europe reconnaît la menace posée par Bsal

Le comité permanent de la Convention de Berne a été le premier à reconnaître l’importance de la menace que représente Bsal. En décembre 2015, le Comité permanent du Conseil de l’Europe a approuvé une recommandation concernant Bsal, demandant urgemment aux parties contractantes de prendre action.

Plus spécifiquement, les Parties sont fortement invitées à développer en urgence des plans d’action, à investir dans la recherche biologique et dans les mesures d’atténuation de la maladie, de mettre en place des programmes de suivi et d’imposer aux échanges commerciaux des mesures préventives de restrictions et de contrôles à l’importation. Mais jusqu’à présent, aucun plan global n’a été mis en œuvre en Europe. Par contre, aux Etats Unis, la menace est prise très au sérieux à tous les niveaux.

 


Comment pouvez-vous aider ?

Animal présentant de nombreux ulcères caractéristiques (photo A. Martel et F. Pasmans, UGent)

Comment reconnaître que le pathogène est présent chez un animal vivant ?

Seuls les tritons et les salamandres sont susceptibles d’être infectés. Après quelques jours d’infection, les animaux présentent généralement de petits ulcères sur la peau, de 1 à 2mm de large et autant de profondeur. Attention à ne pas les confondre avec les pores de leur peau, plus petits.

L'animal infecté peut être apathique, ou au contraire atteint de problèmes de coordination motrice. Dans ce cas, il donne l'impression de gigoter dans tous les sens.

Chez les amphibiens, d’autres maladies se manifestent par des lésions cutanées. En cas de doute, n’hésitez pas à envoyer une photo à salamandre(at)natagora.be.

Je me promène en forêt ou dans des réserves naturelles : que faire ?

Nettoyez et séchez vos chaussures avant de vous promener ailleurs. Veillez à éliminer la boue et à laisser sécher vos chaussures au chaud. En effet, les spores des moisissures provoquant la maladie sont sensibles à la dessiccation.

Si vous trouvez une salamandre ou un triton mort(e) :

  1. Assurez-vous qu'il n'y a pas d'autre cause de mortalité, le trafic routier étant la plus régulière même sur des routes peu fréquentées.
  2. Prenez des photos et des notes (nombre d’animaux, espèce, endroit précis, date et heure, etc.). Cherchez bien dans les environs de votre découverte car si le pathogène est présent, il est très probable qu’il y ait plus d’un animal infecté. Les talus et bords de chemin sont généralement de bons endroits où chercher.
  3. Placez l’animal dans un sac plastique et mettez-le au congélateur.
  4. Contactez Natagora : salamandre(at)natagora.be. Nous poursuivrons les investigations et vous mettrons en contact avec le service de l’administration wallonne qui transfèrera l’animal au laboratoire de Gand.
  5. Nettoyez votre équipement et vos chaussures ou bottes, en les séchant bien au chaud.

Je possède ou je vends des salamandres : que faire ?

Si vous possédez ou si vous vendez des salamandres, vous n’aimeriez pas qu’elles soient contaminées par Bsal.

  • Ne vendez pas ou ne conservez pas des salamandres de l’Est asiatique qui ne soient pas déclarées exemptes de la maladie. Vous pouvez faire tester vos animaux par l’Université de Gand.
  • Soyez prudent avec vos eaux usées provenant de votre élevage privé de salamandres.
  • Ne relâchez pas de salamandres dans la nature. Par exemple, n’achetez jamais de salamandres ou de tritons pour votre mare de jardin.

Je suis prêt à participer au suivi des populations de Salamandre tachetée en Belgique

Si vous êtes prêt à consacrer quelques soirées par an à la recherche des salamandres, participez au suivi des populations de salamandre tachetée !

En pratique : Nous vous demandons de dénombrer les salamandres sur un itinéraire forestier de votre choix (environ 1km), au moins deux fois par an, en septembre ou octobre. Le comptage doivent êtres réalisé lors de nuits pluvieuses et douces. L'itinéraire sera situé sur un chemin ou un sentier public traversant un massif forestier occupé par une population de salamandre. Ceci ne nécessite pas de compétences particulières, seulement un peu de rigueur et de la motivation ! La méthodologie de l'enquête est disponible dans le guide de terrain "transects salamandres".

Les populations de Flandre et de Bruxelles sont suivies par les bénévoles de Hyla - le GT herpéto de Natuurpunt. Pour toute information, contactez salamandre(at)natagora.be

 


Les actions du GT Raînne

Automne 2016 : Suivi des populations de salamandre

Les volontaires du GT-Raînne participent au suivi des populations de salamandres en Wallonie. Un suivi similaire est organisé en Flandres par les bénévoles de Hyla - le GT herpéto de Natuurpunt.

Automne 2016 : Recherche du pathogène dans 25 populations de salamandre

Le Département études de Natagora a été sélectionné pour remplir un appel d'offre du Département de la Nature et des Forêts du Service public de Wallonie (SPW), visant à rechercher Bsal au sein de 25 populations de Salamandre tachetée réparties au travers de toute la région.

Ces recherches devraient fournir des formations essentielles quant à la progression du pathogène en Wallonie. La campagne de terrain aura lieu pendant l'automne 2016 et le printemps 2017. Le SPW se chargera ensuite d'acheminer ces échantillons vers le laboratoire de l'université de Gand et financera également le coût des analyses qui seront réalisées.

Février 2016 : Campagne des ONG et des scientifiques européens*

Une équipe de scientifiques de l’université de Gand a récemment découvert Batrachochytrium salamandrivorans (Bsal), un champignon pathogène asiatique qui dévore littéralement la peau de nos salamandres et des tritons. Les animaux en meurent peu de temps après avoir été infectées. 45 ONG et scientifiques européens demandent à l'union européenne de prendre des mesures fortes et rapides.

Ce champignon a déjà éliminé 99,9% de la population de salamandres aux Pays Bas en quelques années. Depuis lors, des salamandres tachetées infectées par Bsal ont déjà été découvertes en Belgique et en Allemagne. Si des mesures ne sont pas prises, nos salamandres auront disparu d’ici 25 ou 50 ans.

Un large de consortium d'ONG et de scientifiques* a uni ses forces et écrit aux commissaires européens de l'environnement (Karmenu Vela) et de la santé animale (Phil Hogan). Un courrier similaire a été envoyé à la ministre belge de l'environnement (Marie-Christine Marghem). Ils réclament la mise en œuvre d'une recommandation du comité permanent de la convention de Berne. Ainsi, des plans d’actions d’urgence pour éviter la disparition d’espèces, le financement de programmes de recherche pour mieux comprendre le pathogène, le monitoring des populations de salamandres et de tritons, ainsi que l’arrêt du commerce des salamandres et tritons originaires d’Asie sont entre autre nécessaires, particulièrement dans des pays présentant un risque élevé comme en Belgique.

Documents à télécharger :

Novembre 2014 : Après la salamandre, nos tritons en danger

En mai de cette année, Natagora tirait la sonnette d’alarme face à une maladie prête à ravager nos populations de salamandres. Aujourd’hui, une étude de l’université de Gand met en lumière la dangerosité du pathogène pour nos populations de tritons également !

Découvrez notre communiqué de presse

Mai 2014 : La Salamandre en danger : appel à action !

Suite à la découverte de plusieurs cas en Wallonie, les associations de protection de la nature mettent en garde contre une maladie mortelle touchant les salamandres. Elles exhortent les autorités à suivre la situation de près et les promeneurs à nous signaler tout cas suspect.

Découvrez notre communiqué de presse
(communiqué de presse commun : Natagora (Wallonie), Natuurpunt (Flandre) et RAVON (Reptielen Amfibieen Vissen Onderzoek Nederland - Pays-Bas))

Février 2014 : La salamandre en voie d'extinction ?

L'Echo des Rainette, la feuille de contact du GT Raïnne, consacre un numéro au nouveau pathogène de la salamandre tachetée.

Découvrez le treizième numéro de notre feuille de contact.

 

 


*Cette campagne est une initiative des ONG et scientifiques suivants :

Natuurpunt (Belgium), Natagora (Belgium), Ravon (Holland), Birdlife Europe (All Europe), Chelonia international (All Europe), European Environmental Bureau (All Europa), SEH Societas Europaea Herpetologica (All Europe), WWF Europe (All Europe), Amphibian and Reptile Conservation Trust (UK), Asociación Herpetológica Española (Spain), British Herpetological Society (UK), Bufo (France), Chelonia Romania (Romania), Froglife (UK), KARCH (Switzerland), Montenegrin Ecologists Society (Montenegro), Nabu (Germany), Natur&ëmwelt (Luxembourg), Österreichische Gesellschaft für Herpetologie (Austria), Põhjakonn (Estonia), Sicona (Luxembourg), Societas Herpetologica Italica (Italia), Societas Herpetologica Slovenica (Slovénia), Société Herpétologique de France (France), The Herpetological Society of Ireland (Ireland), WWF Belgium (Belgium), Zoological Society of London / Institute of Zoology (UK), Amphibian Survival Alliance (World).

Prof. An Martel, Faculty of Veterinary Medicine, Ghent University (Belgium) - Prof. Frank Pasmans, Faculty of Veterinary Medicine, Ghent University (Belgium) - Dr. Jaime Bosch, Senior Research Scientist, Cientifico titular, Museo Nacional de Ciencias Naturales, CSIC, Madrid (Spain) - Prof. Andrew Cunningham, Institute of Zoology, Zoological Society of London (UK) - Dr. Mathieu Denoël, Behavioural Biology Unit, University of Liege (Belgium) - Prof. Matthew Fisher, Dpt Infectious Disease Epidemiology, Imperial College School of Public Health (UK) - Prof. Trent Garner, Institute of Zoology, Zoological Society of London (UK) - PD Dr. Stefan Lötters, Associate Professor,  Biogeography Department, Faculty of Geography/Geosciences, Trier University (Germany) - Dr. Adeline Loyau, Department of System Ecotoxicology & Department of Conservation Biology, Helmholtz Center for Environmental Research-UFZ (Germany) - Claude Miaud, Directeur d’Etude EPHE, CEFE/CNRS (France) - Prof. Ken Norris, Director of Science, Institute of Zoology (UK) - Dr. Edoardo Razzetti, University of Pavia (Italy) - A. prof. Sebastiano Salvidio, DISTAV, Università degli Studi di Genova (Italy) - Ph. D. Dirk Schmeller, Department of Conservation Biology, Helmholtz Center for Environmental Research-UFZ (Germany) - Dr. Benedikt Schmidt, KARCH (Switzerland) - Annemarieke Spitzen, RAVON (The Netherlands) - Prof. Dr. Miguel Vences, Division of Evolutionary Biology, Zoological Institute (Germany)

Natagora, association de protection de la nature, se mobilise pour prserver la biodiversit des habitats naturels en Wallonie et Bruxelles. Pour cela, nous avons besoin de votre soutien !

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