Edito 75 : Une chose de Libramont, une seule

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Le 01 September 2016

Le membre attentif que vous êtes s’attendait à un titre plus classique, à savoir « Deux ou trois choses de Libramont ». Mais il n’y a en effet qu’une seule chose qui a été dite et promise à Libramont fin juillet, et dont je souhaite vous faire part. À savoir le projet, la promesse formulée plusieurs fois, devant des publics différents, par les deux Ministres régionaux (de Wallonie) Carlo di Antonio et René Collin, en charge respectivement et notamment de l’environnement et de l’agriculture. Cette promesse est que l’agriculture wallonne serait sans pesticides « du tout » d’ici 15 ans (en 2030 donc). Inutile de dire que Natagora approuve pleinement et applaudit des deux mains.

Une agriculture sans chimie a longtemps été une vraie chimère, tant les agriculteurs, leurs syndicats, l’industrie, l’autorité, tant tout le monde clamait que c’était impossible, irréaliste, voire criminel que de même simplement le penser. Il s’agissait bien d’éliminer tout le temps toute la « vermine ».

Et pourtant aujourd’hui les Ministres en charge de l’agriculture et de l’environnement de Wallonie le promettent, sur « le champ de foire agricole » par excellence, Libramont : plus de pesticides dans la production agricole.

Natagora, comme d’autres, va bien entendu être vigilant, très vigilant, sur l’échéancier, et sur les modalités de sortie du chimique en agriculture. L’échéancier sera particulièrement compliqué à construire, à valider et à suivre. Il ne faudrait en effet pas que 15 mois avant l’échéance, on nous dise « Ah non, c’est trop tôt ».

Pour les associations volontaires et actives dans la protection de la nature comme Natagora, et nous avons été nombreux à le souligner, c’est une victoire. C’est une victoire car les consommateurs ont donné un signal très clair, dans l’expression de leurs besoins et leur consommation : nous ne voulons plus être empoisonnés, ni que les agriculteurs s’empoisonnent. Les produits « bio », c’est cela : pas de chimie, rien que la production par les voies et moyens naturels.

Mais ce sera aussi la mise en lumière d’une tenace mais méconnue vérité scientifique : cela ne suffira pas à ramener la biodiversité dans nos campagnes, et singulièrement dans les terres de culture. Un environnement, propre et sain, sans chimie donc, est une condition nécessaire mais non suffisante pour revoir les coquelicots, bleuets, alouettes, perdrix et lièvres. C’est une condition indispensable, mais, pour les revoir, il faudra aussi les laisser tranquilles et leur offrir les conditions indispensables de leur vie. Une campagne propre peut être vide, dès lors que les parcelles sont gigantesques, que les cultures sont toutes les mêmes, qu’il n’y pas d’interstices, de zones refuges, de fossés, de haies, de mauvaises herbes, de petits reliefs propices à se tapir ou se réfugier. Cruelle vérité : l’agro-industrie a bien compris que les produits bio étaient leur avenir, et que ceux qui ne le seraient pas seraient bel et bien éjectés du marché. Mais elle n’a pas promis qu’elle voulait aussi revoir les alouettes. Les techniques de gestion des cultures vont devenir plus « nettoyantes »— entendez moins accueillantes encore pour la flore et la faune sauvages. Est-cela qui est annoncé ? Oui. Et c’est bien à cette apparente contradiction (de l’agriculture bio sans biodiversité) qu’il va falloir s’atteler.

Emmanuël Sérusiaux, Président

 

 

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