Edito 67 : Quel avenir pour notre agriculture Wallonne ?

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Le 20 April 2015

La crise majeure de la biodiversité que nous subissons maintenant depuis près d’un siècle et qui s’est accélérée dramatiquement ces dernières années se décline sous de multiples aspects : déforestation massive, surpêche, espèces invasives, commerce d’espèces rares, dérèglements climatiques, etc.
Mais dans notre petit espace Wallonie-Bruxelles, le principal responsable ne doit pas être cherché si loin.
Il s’appelle simplement « agriculture intensive ».

Point d’amalgame cependant : ce ne sont pas nos agriculteurs qui en sont la cause. Ils en sont plutôt les premières victimes. Les vrais responsables sont à rechercher plus haut ! Il s’agit de la désastreuse Politique Agricole Commune, la tristement fameuse PAC, pratiquée par l’Union européenne depuis maintenant plus de 50 ans, puisqu’elle est entrée en vigueur en janvier 1962. Cette politique pavée au départ des meilleures intentions, a, tout comme l’enfer du proverbe, transformé nos campagnes en déserts, en déserts tant pour les hommes que pour la flore et la faune sauvages. Et cela à l’échelle de toute l’Europe occidentale. Et elle s’attaque aujourd’hui aux nouvelles nations européennes de l’Europe de l’Est.

Or, cette fameuse PAC vient d’être réformée. C’était soi-disant pour la « verdir ». En réalité, il s’agit d’un « greenwashing » de grande envergure orienté par les lobbies industriels de l’agrobusiness, avec comme fallacieux prétexte qu’il faut préparer l’Europe à nourrir une population mondiale qui atteindra les 9 milliards d’humains à l’horizon 2050. Rien n’est plus hypocrite !

Un tiers des enfants européens est en surpoids, les gens meurent d’accidents cardiovasculaires parce qu’ils mangent trop et mal, les pesticides empoisonnent notre alimentation, on prive d’eau le sud de l’Europe pour y faire pousser le maïs, on sacrifie la vie, la qualité et la fertilité des sols arables au nom du rendement, il pleut des nitrates, et on les boit dans l’eau potable.

Cette Politique Agricole Commune coûte à l’Europe 58 milliards d’euros par an, soit plus de 40 % du budget de l’Union. Et nous payons 3 fois : pour notre alimentation, pour financer la PAC par la fiscalité, et pour réparer les dommages causés à l’environnement et à notre santé. De plus, nos agriculteurs sont entraînés dans une spirale de prêts et de dettes pour s’équiper, suivre le rythme infernal de la course à la croissance, au rendement, pour faire la guerre à la nature. Ils ne produisent plus pour nourrir les gens, ils produisent pour les marchés et pour l’industrie.

Tout au contraire, l’objectif premier de l’Europe devrait être de garantir partout un environnement favorable permettant aux populations de vivre sainement et de se nourrir raisonnablement. En effet, des solutions à long terme existent. Il faut impérativement favoriser le bien public en généralisant l’agriculture bio, en promouvant un développement rural respectueux de l’environnement, en réduisant les monocultures au bénéfice de la diversité des paysages, en produisant et en consommant localement et, ce faisant, en court-circuitant la distribution de masse de produits de piètre qualité.

La prochaine évaluation et possible révision de la PAC aura lieu en 2017. C’est donc dès maintenant qu’il faut se mobiliser si nous voulons changer de 180° le « CAP » de la « PAC ».

 

 

Natagora, association de protection de la nature, se mobilise pour prserver la biodiversit des habitats naturels en Wallonie et Bruxelles. Pour cela, nous avons besoin de votre soutien !

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