Agrocarburants - l’ Europe en passe de corriger son erreur ?

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Le 18 July 2013

En 2009, l’Union européenne fixait, dans son plan Énergie-Climat, un objectif de 10% d'énergie produite à partir d’énergies renouvelables dans le secteur des transports pour 2020, via « une contribution significative des agrocarburants ». Fin 2012, la Commission proposait une limitation de l'utilisation d’agrocarburants produits à partir de denrées alimentaires pour atteindre cet objectif de 10 %.

La Commission environnement du Parlement européen suit et vient de voter en faveur de la limitation à 5,5% la part des agrocarburants produits à base de denrées alimentaires.
En outre, très important, elle prévoit d’intégrer le critère CASI (changements indirects d’affectation des sols) dans le calcul du bilan carbone global des agrocarburants. C’est une excellente nouvelle. Natagora espère aujourd’hui que la décision en séance plénière la suivra !


Explications :

Natagora fut parmi les premières associations à dénoncer que les biocarburants (de première génération), comme on les appelait à l’époque, n’étaient pas la panacée universelle que l’on présentait il y a encore dix ans. D’emblée, nous avons montré l’impact des cultures destinées à ce que nous avons toujours préféré appeler « agrocarburants », qui devaient se faire au détriment d’autres utilisations de l’espace : cultures destinées à l’alimentation ou espaces naturels, souvent de qualité. L’exemple le plus marquant d’impact sur la biodiversité réside dans la substitution massive de plantations de palmiers à huile à des forêts équatoriales de haute valeur biologique.

Ensuite, nous avons relayé les études qui montraient que le seul avantage des agrocarburants de premier génération, à savoir un bilan carbone positif, résultait d’une… « erreur de calcul ».
On avait tout simplement oublié de considérer les changements indirects d’affectation des sols et leur impact en termes d’équivalent CO2
. L’exemple typique : déplacer l’utilisation de céréales (maïs, blé…) ou de fruits (palmier à huile…) de l’alimentation vers le réservoir des voitures ne change rien pour le sol en question, mais, par contre, cela oblige à cultiver ces produits alimentaires sur d’autres parcelles. Ces parcelles sont prises sur celles qui ne sont pas encore utilisées par l’homme : forêts, tourbières, prairies… Toutes des terres qui emprisonnent naturellement de grandes quantités de carbone.

BirdLife Europe, le réseau européen d’associations de protection des oiseaux et de la nature, dont Natagora fait partie, s’est montrée particulièrement active en matière de lobbying pour faire admettre cet oubli, recourant même à la Justice européenne pour rendre publiques les études qui le démontraient.

Bien sûr, le chemin vers une nouvelle politique en matière d’agrocarburants n’est pas terminé, mais un pas important vient d’être franchi au niveau européen. La route est encore longue surtout pour la Belgique qui, alors que l’UE fait marche arrière sur sa politique de promotion des agrocarburants et propose de limiter le recours aux agrocarburants qui entrent en concurrence avec l'alimentation, poursuit la fuite en avant en fixant un seuil minimal d'utilisation des agrocarburants qui est supérieur
au maximum aujourd’hui adopté par la Commission environnement du Parlement européen !
 



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