Edito 55 : Devons-nous changer et nous adapter ?

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Le 02 May 2013

Voilà un titre d’éditorial qui peut annoncer l’évolution des espèces vivantes sous la pression de contraintes environnementales. Telle cette hirondelle américaine, particulièrement affectée par les collisions avec les voitures, car elle aime nicher sous les ponts routiers et fréquente beaucoup les infrastructures liées à la route. Cette fâcheuse habitude n’a pas anéanti ses populations, car elle a eu pour effet de sélectionner les individus aux ailes plus petites, et donc moins susceptibles de se faire heurter par un véhicule. Un exemple de sélection bien darwinienne qui vient d’être publié. 

Mais ce n’est évidemment pas à ce sujet que je souhaite consacrer cet éditorial. Sûrement pas d’imaginer que, puisque la flore et la faune sauvages sont adaptables, étant en évolution permanente dans un univers changeant constamment, il suffit d’attendre qu’elles le fassent.

Ce que je souhaite épingler ici est la modification radicale en cours de la vision de l’agriculture, mieux connue désormais sous le nom d’agroécologie et à laquelle Natagora se réfère explicitement dans sa position vis-à-vis de la réforme, quasi perpétuelle, de la Politique Agricole Commune de l’Union Européenne. Le débat sur l’agriculture ne peut plus se satisfaire d’être une longue plainte sur l’insuffisance des subsides accordés et des outils d’ajustement nécessaires pour atténuer quelques-uns des dégâts occasionnés au système de production lui-même. Personne n’en est heureux, et la difficulté d’être agriculteur aujourd’hui, en particulier producteur de viande ou de lait dans nos régions, est malheureusement bien mesurée par la diminution constante et inquiétante du nombre d’exploitations. Or, et il faut le répéter très clairement, nous avons tous besoin des agriculteurs ; nous souhaitons tous un tissu agricole pérenne, rémunérateur, soucieux du sol, de l’air et de l’eau, et offrant de nombreux services à la société. La qualité de la nourriture, le paysage et sa capacité à porter une large biodiversité figurent parmi les services que nous souhaitons obtenir.

Dans la crise que nos sociétés traversent aujourd’hui, deux modèles contraires s’affrontent dans quasi tous les cénacles et polarisent les débats ainsi que les décisions : le modèle biotechnologique et le modèle agroécologique. Le premier s’appuie sur des capacités biotechnologiques à accroître toujours la production et à répondre aux demandes de sécurité sanitaire des marchés globaux. Le second s’appuie sur les capacités socio-environnementales à renaturaliser les systèmes alimentaires en y intensifiant l’emploi et retrouvant le fil, un peu égaré, du bon sens. Rappelons que, selon une étude toute récente publiée en Grande-Bretagne, plus la moitié de la nourriture produite est gaspillée à une étape ou l’autre de la chaîne de conditionnement et de distribution.

L’agroécologie veut reprendre la question dans tous ses aspects les plus fondamentaux et n’en exclure aucun, surtout pas celui des hommes et des femmes qui exercent ce métier. Elle est à la fois une discipline scientifique, une pratique et un mouvement. Une utopie de plus ? Sûrement pas. Pour preuve, les Universités de Liège et de Louvain viennent d’approuver la mise en place d’une formation en « Agroécologie et transition vers des systèmes alimentaires durables ». Les objectifs sont clairement « l’application croisée des disciplines jusqu’ici cloisonnées : agronomie, écologie, anthropologie, sociologie et économie », et d’apporter « les connaissances et les capacités d’innovation nécessaires à une réorientation de l’agriculture pour appréhender les défis alimentaires, de la biodiversité et du développement de l’emploi dans le futur ».

Emmanuël Sérusiaux
Président
   

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