Édito 54 : Combien d’espèces vivantes sur la terre ?

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Le 27 February 2013

Quel est le nombre d’espèces vivantes sur la terre ? Il est considérable, et, pour l’essentiel, ces espèces ne sont ni connues, ni décrites. Une étude récente montre que le nombre d’espèces d’eucaryotes (c.-à-d. en excluant les virus et les bactéries) sur notre planète peut être estimé à 8,7 millions, dont 86 % des espèces terrestres et 91 % des espèces marines ne sont pas décrites.

Le nombre d’espèces nouvelles décrites chaque année dépasse 17.000, toujours en excluant les virus et les bactéries. Pour la période 2000-2009 (la période la plus récente pour laquelle ces données sont disponibles), 174.894 espèces ont été décrites comme nouvelles « pour la science », dont 359 de mammifères et 73 d’oiseaux. Certaines régions du monde détiennent des records impressionnants — c’est le cas pour Madagascar où le nombre d’espèces de lémuriens, de caméléons, ou d’amphibiens croît chaque année.


Alors de quoi parle-t-on quand on parle de biodiversité, et plus encore si l’on y ajoute la diversité au niveau des populations, et celles des communautés que tous ces organismes organisent partout sur la terre ? Des gènes à la planète, savons-nous mesurer la diversité ? La réponse n’est pas en vue.

Pourquoi ce propos, somme toute fort technique? Parce que je pense que cette méconnaissance des espèces de flore et de faune avec qui nous partageons les territoires et les ressources de cette planète n’est pas sans importance pour le fondement même de notre action. Lorsque nous disons que nous protégeons la nature, avons-nous fait le choix entre les trois options théoriquement possibles :
-    sauvegarder l’existant, et prioritairement les espèces emblématiques;
   sauvegarder des espaces sauvages libres de toute pression anthropique significative ;
-    sauvegarder la vie elle-même ?

On perçoit directement que cette déclinaison en trois identifie des enjeux et des modes opératoires très différents.

L’option 1 est la plus populaire et la plus facile à percevoir, les espèces les plus spectaculaires et les plus emblématiques, dont les meilleurs porte-parole sont les primates, les éléphants et les cétacés, étant immédiatement associées à un sujet de préoccupation majeur et prioritaire. Dans nos régions, le recrutement des espèces qui retiendront notre attention se fait parmi les oiseaux, les mammifères (surtout les chauves-souris), les papillons de jour, les libellules et les plantes vasculaires.
L’option 2 est également facile à illustrer, au travers de l’imaginaire des vastes espaces sauvages comme l’Amazonie ou la Sibérie. Mais aussi, plus proches de nous des sites comme le delta du Danube, ou la forêt de Białowieża. Pourrions-nous citer l’un ou l’autre site plus près de nous ? Non, mais en fait, cette option reporte au choix radical du « ici on n’entre que pour regarder, jamais pour autre chose » et aux dynamiques naturelles qui déploient et enflent la diversité des niches écologiques disponibles pour les espèces sauvages. Un territoire laissé entre les mains de sa propre vitalité est très souvent un territoire d’une biodiversité inouïe.

La dernière option est la plus intrigante car elle convoque des certitudes contraires et peut aboutir à des conclusions paradoxales. En effet, une perception dominante est bien que les activités humaines menacent la vie elle-même, et pas seulement les espèces et les espaces sauvages. La vie serait donc, en tant que processus global, susceptible de disparition sous le choc ou la pression d’activités humaines massivement destructrices.

Mais est-ce le cas ?

Emmanuël Sérusiaux
Président

 

 

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