Édito 50 : Les damnés de la terre

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Le 09 July 2012

Les renards mangent nos poules. Et les blaireaux mangent le maïs de nos champs. Et les fouines font du bruit dans les greniers, volent les oeufs de nos poules et peuvent même toutes les massacrer.

Et les loutres osent se nourrir des poissons destinés à mordre aux hameçons de nos lignes.


Actuellement ce sont les castors, qui sont dans le collimateur. Ces miraculés de l’extinction ont la mauvaise habitude de vouloir recréer des milieux humides à de mauvais endroits et à couper les arbres qu’on voulait garder.

Pourtant, ces mammifères sauvages qu’on ne voit pas, qu’on n’entend pas, méritent notre admiration. Ils traversent des épreuves épouvantables : campagnes d’éradication (rappelez-vous le gazage des terriers de renards et de blaireaux), destructions à coup de primes pour la loutre dans un passé très récent, chevrotines des chasseurs pour le renard.

Il faut toutefois reconnaître que la situation de ces « damnés de la terre » s’est sensiblement améliorée ces dernières années. La loi protège la loutre depuis mars 1983 mais son statut reste précaire. Seuls quelques individus semblent subsister en Wallonie. Le blaireau est protégé depuis août 1992, ses populations se portent bien, mais son aire de répartition est loin de ce qu’elle était au milieu du 20e siècle. Le castor est une espèce protégée au niveau européen par la convention de Berne de 1979. Il est en pleine expansion et sa population en Wallonie approche les 1 000 individus.

Quant au renard, s’il reste très présent, il n’en est pas moins chassable, et destructible partout, tout le temps. Pire, l’usage de « bricoles » ou « collets » reste autorisé en Wallonie. Ces méthodes abominables, dignes du Moyen Âge infligent des souffrances indicibles à un animal intelligent, sensible et proche du chien, notre meilleur ami ! Elles doivent impérativement être abolies sans délai.

Loup et lynx sont annoncés et ont déjà été observés en Wallonie. N’offriraient-ils pas une solution naturelle aux surdensités de grands ongulés dans nos forêts ?

De manière plus générale, et malgré l’évolution des mentalités et l’amélioration quasi générale dont bénéficient les espèces sauvages, les pressions pour leur destruction subsistent. Dès qu’un animal empiète un tant soit peu sur les intérêts quelconques d’une personne, la réaction est virulente. On veut une solution radicale, immédiate : le détruire !

Ce raisonnement, ou plutôt ce réflexe doit être inversé. C’est nous, en transformant radicalement notre environnement à notre usage, qui avons rendu l’existence de la vie sauvage précaire et en sursis. Nous portons une lourde responsabilité. C’est donc à nous de nous adapter. C’est à nous, avec nos moyens, notre intelligence, notre créativité, à imaginer les multiples moyens de se prémunir des nuisances causées par la vie sauvage. Et faire en sorte que loutres, renards, blaireaux et castors se retrouvent en équilibre dans leurs milieux de vie. Ils constituent les indispensables maillons des écosystèmes complexes dont nous ne constituons finalement nous aussi qu’un simple chaînon.


Harry Mardulyn
Président de Natagora

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