Edito n° 44 : Biocarburants : vous avez dit bio ?

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Le 19 July 2011

Lors d’une balade à proximité du ruisseau de Martin Moulin à Houffalize, j’ai été frappé par le contraste saisissant entre le foisonnement de fleurs, d’insectes, de papillons et d’oiseaux qui m’accompagnait le long du cours d’eau dans ses portions naturelles, et le désert biologique qu’offrait la campagne, dès la sortie de la vallée.

Disparus, les insectes et les papillons, et il y a belle lurette que le chant des alouettes n’égaie plus nos campagnes. L’agriculture intensive est manifestement le grand coupable de l’effondrement dramatique de la biodiversité dans nos régions.

Mais il y a encore bien pire !
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Natagora vient d’adopter une position officielle sur les agrocarburants</media> que nous dénonçons comme le mal absolu en matière de biodiversité !

Comme souvent, tout a commencé avec les meilleures intentions du monde.

Dans sa grande sagesse environnementale,l’Europe s’est fixée d’ambitieux objectifs de réductions de gaz à effet de serre. Sa directive « Energies renouvelables » fixe pour 2020 un objectif de 10% d’énergie produite à partir d’énergies renouvelables dans le secteur des transports, via le recours aux « biocarburants ».

Ce qualificatif de « bio » est trompeur et honteusement usurpé. Nous les appellerons donc « agrocarburants » !

Pour atteindre cet objectif de 10%, il faut cultiver des surfaces de terres agricoles immenses qui n’existent pas dans nos régions. Dès lors, l’Union européenne importe des oléagineux pour la production d’agrodiesel (Argentine, USA, Indonésie, Malaisie, Canada…) mais surtout de l’éthanol, du Brésil pour l’essentiel. Avec comme conséquence, la mise en culture de terres sauvages comme les forêts, les savanes, les tourbières, et de tout ce que la planète recèle encore de refuges pour la biodiversité. Et quand ces déforestations ne suffisent pas, on convertit les terres destinées à l’agriculture vivrière en privant les populations locales de leurs ressources vitales et, de temps en temps, en expulsant les villageois terrorisés pour permettre aux multinationales de s’installer. Les techniques agricoles mises en place relèvent ensuite de la monoculture absolue : arrosages, par petits avions, de biocides chimiques et cancérigènes, mécanisation à outrance, usage d’OGM, consommation débridée d’eau, etc.

Et le bilan carbone dans tout cela ?

Le calcul est établi uniquement et égoïstement par rapport à l’Europe. S’il prenait en compte l’impact des déforestations, des transports, et de tous les effets en amont de l’importation d’agrocarburants ou de matière première servant à leur production chez nous, il serait carrément négatif en termes d’émissions de gaz à effet de serre. En bref, une véritable escroquerie qui se traduit par l’explosion d’un nouveau modèle incontrôlable et nocif pour l’environnement et l’humanité.

Que pouvons-nous faire à notre petite échelle ? Exercer un lobbying intensif au niveau de l’Union européenne pour exclure toute importation d’agrocarburants, et cela dans les plus brefs délais.

Car il y a urgence pour la planète !

Harry Mardulyn
Président de Natagora

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