Edito n° 42 : Un événement ornitho majeur

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Le 07 March 2011

C’est une oeuvre collective colossale ! 655 observateurs naturalistes bénévoles ont sillonné pendant 7 ans, de 2001 à 2007, les quelque 16 800 km2 du territoire wallon, pour recenser toutes les espèces d’oiseaux nichant à l’état sauvage, établir leur répartition, évaluer leurs effectifs et mettre en évidence leur évolution 30 ans après la réalisation de l’atlas 1973-1977.

Je voudrais souligner ici la qualité du partenariat entre la Région wallonne (DEMNA et DNF), qui a apporté le financement et la coordination nécessaires au projet, et Aves-Natagora, qui a activé ses compétences scientifiques, ses bases de données et surtout son formidable réseau d’observateurs de terrain.

L’atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie, résultat de cette coopération, sera amené à jouer un rôle essentiel en matière de connaissance scientifique, de conservation des espèces, et d’instrument indispensable pour l’évaluation de l’état de l’environnement.

Comment se porte notre avifaune wallonne ? Permettez-moi de citer quelques-uns des enseignements les plus marquants de cet ouvrage.

D’abord, les bonnes nouvelles. De manière générale, les espèces forestières comme les pics tiennent la forme. L’expansion en 30 ans du pic mar, spécialiste des vieilles chênaies, est spectaculaire. Presque tous les rapaces ont reconstitué leurs populations autrefois persécutées. Certains passereaux jadis menacés, comme la pie-grièche écorcheur ou le tarier pâtre, ont bien récupéré. Trois espèces prestigieuses sont revenues : la cigogne noire, le faucon pèlerin et le hibou grand-duc. Au total, le nombre des espèces indigènes nicheuses est passé de 145 en 1973- 1977 à 162 en 2001-2007, ce qui est très encourageant.

Hélas, il nous faut déplorer quelques situations préoccupantes. L’avifaune de nos campagnes se porte très mal. Le déclin concerne l’alouette des champs – on le savait déjà – mais également la perdrix grise, le bruant proyer ou le tarier des prés. Des espèces à large distribution, comme le moineau friquet ou la linotte mélodieuse, voient aussi leurs populations en fort déclin numérique. L’emblématique tétras lyre, aux exigences écologiques très élevées, est carrément menacé de disparition. Certains insectivores migrateurs hivernant en Afrique (coucou, loriot, tourterelle des bois…) sont également en situation préoccupante.

Enfin, l’atlas confirme la multiplication d’espèces exotiques, au caractère parfois invasif, comme la bernache du Canada, l’ouette d’Égypte ou la perruche à collier.

En conclusion, l’atlas met bien en évidence l’importance de la qualité et de l’étendue des habitats favorables. Il souligne l’interdépendance géographiquedes mesures de conservation. Exemple : des efforts en matière de nidification chez nous peuvent être annihilés par des situations défavorables ailleurs (traversée de la Méditerranée, du Sahel, ou sites d’hivernage en Afrique).

Il met bien en évidence l’impact déplorable d’une agriculture de plus en plus intensive, de l’usage incontrôlé des pesticides,en particulier dans le domaine privé, ou encore de la surabondance de sangliers, qui porte un grave préjudice aux oiseaux nichant au sol.

L’atlas est un ouvrage de référence qui doit être à la base d’une motivation renouvelée de connaître et de protéger. Il pourra être source d’études nouvelles, notamment en matière de conservation d’habitats et de nouvelles mesures de protection de notre avifaune et de notre biodiversité en général.


Harry Mardulyn
Président d’Aves-Natagora

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