Edito n° 41 : Nagoya rime avec Natagora

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Le 23 December 2010

Les médias et l’opinion mondiale ont acclamé Nagoya comme un succès historique.

Au-delà de l’euphorie générale, penchons-nous sur les mesures concrètes dont a accouché la grande conférence :

> Stopper la perte de biodiversité d’ici 2020 (la dernière fois on avait dit 2010);
> Réduire la déforestation de 50 % (on n’a pas pu s’entendre sur les 100 %);
> Mettre un terme à la surpêche (belle avancée);
> Attribuer un statut de protection durable à 17 % des terres et 10 % des mers (on avait visé 20 %);
> Éliminer les aides publiques nuisibles en terme de biodiversité;
> Ramener notre empreinte écologique globale à un niveau inférieur à celle de 2000;
> Octroyer à la biodiversité une valeur économique et l’incorporer dans nos comptabilités nationales;
> Identifier d’ici 2012 les moyens nécessaires au financement de ces mesures;
> Mettre fin à la biopiraterie et au pillage des ressources génétiques de la planète (c’est le grand succès de Nagoya).

Il faut reconnaître que ces résultats sont impressionnants. Mais, pour qu’ils soient traduits en mesures effectives sur le terrain, tout reste à faire. Il faudra intégrer ces objectifs dans les législations de chaque pays participant et, surtout, il faudra trouver les moyens financiers de ces politiques ambitieuses !

Peut-être qu’une des retombées les plus immédiates de Nagoya est le grand pas en avant du concept même de «biodiversité». Le thème qui, jusqu’à présent, n’avait jamais été pris trop au sérieux par les gouvernements, semble être passé au premier plan des préoccupations.

On a presque autant parlé de Nagoya qu’on avait parlé de la grande messe du climat (et du flop) de Copenhague.

Ce rapprochement climat-biodiversité aura d’ailleurs des retombées intéressantes. En effet, on ne pourra plus proposer n’importe quoi en matière de réduction de gaz à effet de serre, sans tenir compte de la biodiversité. Je pense ici aux agrocarburants, aux plantations à grande échelle de forêts artificielles et autres «puits de carbone» parfois dramatiquement préjudiciables à la nature. Sans mentionner certains fantasmes de géo-ingéniérie…

Autre retombée positive : l’influence des résolutions de Nagoya sur la réforme en cours de notre Politique agricole commune (PAC) européenne. Il est dit en effet qu’il faudra mettre un terme aux aides publiques favorisant des pratiques néfastes à la biodiversité. Voilà un excellent rappel à l’ordre qui va merveilleusement dans le sens de l’agriculture prônée par Natagora. L’Europe aura un rôle exemplatif à jouer dans ce domaine.

Enfin, certains regrettent que les grands thèmes de «Climat» et de «Biodiversité» soient confinés dans quelques grandes conférences internationales. Ceux-là réclament que ces thèmes deviennent des enjeux permanents de toutes les décisions politiques et privées de tous les gouvernements et de toutes les entreprises et de tous les citoyens. Que chacune de nos décisions et actions soit accompagnée d’une évaluation en termes de climat et de biodiversité.

Vaste programme, peut-être utopique mais combien nécessaire à la simple sauvegarde de notre humanité.

Harry Mardulyn
Président de Natagora

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