Édito n°39 : La grande illusion...

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Le 07 September 2010

Différents outils sont mis en place par la Wallonie pour la conservation de la nature. Certains, comme les projets LIFE, cofinancés par l’Europe et dans une partie desquels Natagora s’est impliquée, sont un réel succès. Mais force est de constater que la plus belle opportunité pour la nature, le réseau Natura 2000, ressemble de plus en plus à la montagne qui accouche d’une souris.



Trois projets LIFE Nature d’envergure viennent à leur terme en cette année 2010.

Le LIFE Natura2mil a permis la restauration d’une surface de 700 ha répartis dans les trois grands camps militaires wallons : Lagland, Marche-en-Famenne et Elsenborn. Grâce à l’isolement de ces domaines, leurs landes, prairies de fauche et nardaies ont échappé aux bouleversements physico-chimiques de l’exploitation intensive du reste de nos campagnes et ont donc gardé une qualité de conservation biologique exceptionnelle.

Au Plateau des Tailles, la recréation des vastes fagnes d’autrefois a dépassé les espoirs les plus fous : 330 ha de plantations d’épicéas ont été rendus aux fagnes et tourbières et 326 mares creusées, la hêtraie à luzule, habitat d’intérêt communautaire au niveau européen, a été restaurée, des fonds de vallée ardennais ont été dégagés et les renouées bistortes, les reines-des-prés des grandes mégaphorbiaies refleurissent à la place des sombres épicéas.

Enfin, le LIFE Arnika a associé la Sarre, la Rhénanie-Palatinat, le grand-duché de Luxembourg et la Wallonie pour restaurer les dernières pelouses à nard et arnica, un des habitats les plus menacés dans nos régions.

Pour Natagora, c’est clair, les projets LIFE constituent actuellement l’outil le plus efficace pour la sauvegarde des zones noyaux de biodiversité de Wallonie et en particulier du réseau Natura 2000.

À plus large échelle (le réseau Natura 2000 ne constitue que 13 % de notre territoire), d’autres actions commencent, c’est vrai, également à porter leurs fruits. Le nouveau code forestier est, par exemple, résolument plus favorable à la naturalité de nos forêts que le précédent, qui datait du 19e siècle. Les Contrats de rivière, les PCDN apportent également leurs petites pierres progressivement.

Il faut aussi citer les Mesures agri environnementales qui, par des primes, incitent les exploitants agricoles à des pratiques plus respectueuses de la nature. Ces mesures, volontaires, précaires et variables dans le temps et l’espace, n’offrent pas de garantie de véritable protection de la nature.

Mais revenons-en à Natura 2000. Ce merveilleux projet, ne l’oublions pas, a fini par devoir être imposé à la Wallonie par l’Europe (sous la menace de rupture de la manne de subsides) tant nos autorités avaient traîné à s’activer. Il constitue une formidable opportunité de sauvetage in extremis des 220 000 ha de nature de grande valeur patrimoniale. Toutefois, la politique dicte de ne surtout pas effrayer le bon peuple. On a donc certes cartographié et délimité les sites en fonction d’excellents critères scientifiques, mais on s’est arrêté là. À ce jour, les sites ne sont toujours pas protégés, les agents chargés de leur surveillance sont frustrés et démotivés : ils ne disposent d’aucun moyen d’action réellement efficace pour freiner ou empêcher la dégradation des milieux et espèces. En outre, pas d’information, pas de communication aux propriétaires. Résultat : crispation, mécontentement général et, pire, actions perverses de destruction volontaire de sites par crainte de contraintes futures souvent imaginaires ou exagérées.

La Wallonie pourra-t-elle éviter que la grande illusion se transforme en grande désillusion ?


Harry Mardulyn
Président de Natagora

Natagora, association de protection de la nature, se mobilise pour prserver la biodiversit des habitats naturels en Wallonie et Bruxelles. Pour cela, nous avons besoin de votre soutien !

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